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La campagne de l'AJP pour les journalistes indépendants

Kanar Derrière la façade prestigieuse des grands médias francophones de Belgique se développe un "prolétariat intellectuel" dont le grand public ignore les incroyables conditions de travail et leurs conséquences sur la qualité de l’information.

Revenus inférieurs aux tarifs conventionnels, barèmes inexistants ou fixés à la tête du client, tarifs inchangés depuis plus de dix ans, concurrence effrénée, retards ou refus de payement du commanditaire, soumission absolue aux exigences de l’employeur, textes commandés et jamais publiés… Voilà le sort que partagent de plus en plus de journalistes indépendants, qu’ils soient rédacteurs, pigistes à la radiotélévision, photographes ou caméramans.

Un journaliste belge sur quatre est sous statut d’indépendant, le plus souvent par obligation et non par choix. Rêvant de trouver leur place dans la presse, les futurs professionnels des médias n’ignoraient pas que les emplois salariés étaient rares. Mais bien peu imaginaient que "la liberté de la presse, fleuron d’une société démocratique" dont se flattent volontiers les éditeurs était aussi la liberté pour certains d’entre eux d’exploiter une main-d’œuvre abondante et fragilisée.

Trois enquêtes

L’Association des journalistes professionnels francophones de Belgique (AJP-AGJPB) veut faire changer les choses. En 2005, elle recueillait les témoignages des pigistes dans toute la Communauté française de Belgique, lors de réunions dans ses sections régionales. Elle a aussi demandé aux journalistes indépendants de dire combien ils gagnent vraiment. Plus de cent pigistes avaient alors répondu. Cette enquête et ses chiffres jusqu’alors inédits avait donné lieu à la publication, par l’AJP, du Livre Noir des journalistes indépendants.

En 2011, l’AJP a réitéré l’opération. Plus de 150 pigistes ont répondu à un questionnaire et un nouveau relevé des trarifs réellement pratiqués a été établi. Avec ce constat : sur le plan financier, la situation des pigistes ne s’est en rien améliorée, au contraire.

En 2015, pour la troisième fois, l’AJP a mené une enquête sur les tarifs pratiqués par les médias belges francophones envers les journalistes indépendants. Celle-ci s’est déroulée de juillet à octobre 2015 et 75 journalistes y ont participé. À nouveau, le même constat : l’information qui est produite par les freelances est indignement rétribuée et les tarifs pratiqués n’ont pas bougé depuis 5 ou 10 ans, voire plus.

2.500 journalistes

L’AJP est l’union professionnelle des journalistes professionnels francophones et germanophones de Belgique. Elle représente quelque 2.500 journalistes exerçant dans des médias – écrits, audiovisuels et en ligne – d’informations générales.