PIGEON VOLE... A HAUTE ALTITUDE

Lorsque le Conseil de direction de l’AJP a décidé de mettre sur pied cette opération pratico-pratique – "un problème d’indépendant ? Quelqu’un vous écoute au bout du fil" –, votre dévoué serviteur se doutait bien qu’il s’avançait dans le brouillard. D’ailleurs la corne de brume avait retenti dans son cerveau : "Il y aura énormément de demandes et ce sera horrible à gérer". Un an plus tard, il faut se rendre à l’évidence : c’était une double fausse alerte.
Il n’y a pas eu énormément mais assez bien de demandes. Une quarantaine, soit environ une par semaine. Et ce ne fut pas horrible à gérer, mais très instructif. Les questions provenaient surtout de jeunes, de débutants que "l’on" – ah, ce pronom menteur qui en dit long sur celui qui se cache derrière lui ! – lâche dans la nature avec pour seule instruction "qu’ils n’ont qu’à se faire indépendant".
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Cela confirme que la plaie des faux indépendants n’est pas encore cautérisée. Sur le plan formel, elle l’est peut-être dans certaines rédactions. Mais sur le terrain… Comment faut-il appeler celui ou celle qui reçoit ses instructions d’un chef de service mais n’a pas de contrat d’emploi ? C’est un faux salarié. Et comment faut-il appeler celui ou celle qui est indépendant(e) mais ne peut de facto travailler pour un autre média que celui qui donne ces instructions ? Ce n’est pas un vrai indépendant. Quand on est un faux salarié et qu’on n’est pas un vrai indépendant, on est un faux indépendant. CQFD.

Les questions qui taraudent ces débutants sont toujours les mêmes : comment s’inscrire dans une caisse d’assurances sociales ? Faut-il un numéro de TVA ? Est-il vrai que l’on ne doit pas payer de cotisations de sécu quand on est indépendant à titre complémentaire ? Qu’est-ce que je garde comme net par rapport à mon brut ? Que puis-je déclarer comme frais ? ... Il est impossible de tarir la source des faux indépendants. Donnons à ces jeunes – et parfois moins jeunes – les moyens de devenir de vrais indépendants. Au moins, ils seront maîtres de leur sort.

Jean BLAVIER



COLLOQUE INTERNATIONAL A LIEGE

L'AJP et sa section liégeoise ont organisé, les 29 et 30 mars 2007 à Liège (Vertbois), un colloque international pour parler de piges et des difficultés que rencontrent les journalistes indépendants en Belgique mais aussi en Europe et au Québec. Autour de la table, des responsables de médias, des observateurs, des journalistes, des représentants de cabinets ministériels, des responsables d'écoles de communication et de journalisme, des représentants de syndicats/unions professionnels étrangers.
Ce colloque a donné lieu à un numéro spécial de 'Journalistes'.

Voir le sommaire du numéro spécial et/ou le commander

Compte-rendus, photos et vidéos du colloque sur le blog 'Carnet de campagne'



PIGISTE, PAS PIGEON ! UNE CAMPAGNE, POURQUOI ?

Derrière la façade prestigieuse des grands médias francophones de Belgique se développe un « prolétariat intellectuel » dont le grand public ignore les incroyables conditions de travail et leurs conséquences sur la qualité de l’information.

Revenus inférieurs au minimex, barèmes inexistants ou fixés à la tête du client, concurrence effrénée, retards ou refus de payement du commanditaire, soumission absolue aux exigences de l’employeur, textes commandés et jamais publiés…

Voilà le sort que partagent de plus en plus de journalistes indépendants, qu’ils soient rédacteurs, pigistes à la radiotélévision, photographes ou caméramans.

Un journaliste belge sur quatre est sous statut d’indépendant, le plus souvent par obligation et non par choix. Rêvant de trouver leur place dans la presse, les futurs professionnels des médias n’ignoraient pas que les emplois salariés étaient rares. Mais bien peu imaginaient que « la liberté de la presse, fleuron d’une société démocratique » dont se flattent volontiers les éditeurs était aussi la liberté pour certains d’entre eux d’exploiter une main-d’œuvre abondante et fragilisée.

Une vaste enquête

L’Association des journalistes professionnels francophones de Belgique (AJP-AGJPB) veut faire changer les choses. En 2005, elle recueillait les témoignages des pigistes dans toute la Communauté française de Belgique, lors de réunions dans ses sections régionales. Elle a aussi demandé aux journalistes indépendants de dire combien ils gagnent vraiment. Plus de cent pigistes ont répondu. Ces chiffres n’avaient jamais été publiés.

Un livre et ce site sont nés de cette vaste enquête. Des actions ont lieu pour sensibiliser les journalistes salariés, éditeurs, rédacteurs en chef, mandataires politiques et responsables d’écoles de journalisme.

Il n’y va pas seulement de l’intérêt des pigistes en difficulté. La précarité de leur statut met aussi en danger le journalisme lui-même. Parce que la liberté de la presse n’existe pas sans les conditions décentes de l’exercer.

2500 journalistes

L’AJP est l’union professionnelle des journalistes professionnels francophones et germanophones de Belgique. Elle représente quelque 2 500 journalistes exerçant dans des médias – écrits, audiovisuels et en ligne – d’informations générales.