16 décembre 2009

Un mini-guide de la pige

Nicolas Ritoux s’est-il inspiré du "Manuel de survie" pour les journalistes multimédias publiés par l’AJP en 2008 ? Ce confrère québécois vient de mettre en ligne un petit "Guide de survie du journalisme à la pige", sur-titré "Les 12 étapes du rétablissement".
Assurant que "la pige va devenir le modèle dominant pour la nouvelle génération de journalistes", Ritoux y va de conseils qui tiennent tantôt de la méthode Coué ("Nous sommes géniaux et nous le savons"), tantôt du bon sens élémentaire ("Ne pas confondre la recherche de l’excellence et le perfectionnisme", "Notre déontologie fait partie de notre sécurité d’emploi"), tantôt d’un positionnement discutable ("Ne parlons plus jamais de nos problèmes financiers", "N’oublions jamais que nos confrères salariés seront les premiers à nous faire obstacle en cas de crise dans leur entreprise").
On préfère les recommandations pratiques comme celles de diversifier ses clients (pas plus d’un tiers de vos revenus chez le même client), d’oser négocier, et d’être présent sur le Web. "Notre nom est une marque, alors bloguons, twittons, facebookons et linkedinons tout ce que nous faisons, pensons et dénichons", suggère-t-il. A vos claviers. (J.-F. Dt)

Ce guide de 16 pages se trouve en téléchargement (PDF) sur
www.pigistesanonymes.com

29 janvier 2009

Témoignage : "Interdit de travailler pour d'autres"

Etudiant en journalisme, j'ai pu décrocher une pige au sein du groupe Sud Presse. J'en étais enchanté. J'ai ainsi pu prendre de l'expérience, bénéfique pour mon futur. Pendant un an, j'ai donc combiné mes études et une collaboration de deux jours avec ce groupe, sans rouspéter même si parfois ce qu’on me demandait de faire était très peu formatif. Je m'accrochais en me disant que c'était bien pour mon avenir. J'allais vite devoir déchanter.
Après un stage, obligatoire dans mes études, au sein d’un autre quotidien, celui-ci m'a proposé de collaborer à sa rubrique sportive tous les samedis. Me voilà donc devant un cruel dilemme : continuer avec Sud Presse, choisir l’autre journal ou continuer les deux ?
J'ai choisi la dernière possibilité, désirant élargir mon horizon de travail dans la presse quotidienne belge. Le second journal était d'accord avec mon choix, mais le premier l’a refusé. Il s'est réfugié derrière l'aspect concurrentiel des deux quotidiens. J’ai demandé de plus amples informations, en vain.
Aujourd’hui, je reste frustré par l'attitude de certains rédacteurs en chef de la presse belge. Leur petite mentalité tue la passion de jeunes motivés, qui sacrifient certaines de leurs journées, avec le désir d'apprendre. Ils placent certains dans la misère, à la fois mentale mais aussi salariale.
Ils ont presque le droit de vie ou de mort sur les jeunes qui sortent de l'université. Je précise que chaque journée chez Sud Presse me rapportait 100€. Mais aucun contrat n'a été signé. J'ai essayé de m'impliquer dans une tâche où je devais mettre en page des dépêches de faits divers provenant des quatre coins du monde. Je pouvais également proposer des idées d'articles. En cas d'accord du responsable, j'écrivais mon article et il me rapportait 1€ pour 100 caractères. Les premières fois où j'ai demandé à me faire payer pour ces productions, il n'y avait personne qui savait me dire quelque chose de clair et précis, tous les responsables se renvoyant la balle.
Ces décisions et ces attitudes me font réfléchir sur mon avenir dans le monde du journalisme.


26 janvier 2009

Témoignage : "Ils ont changé mon article"

Novembre 2007. J’apprends via une petite annonce en ligne qu’un magazine recherche des pigistes. Moi, je suis en quête d’une collaboration pour arrondir mes fins de mois, selon l’expression consacrée, et décide d’y répondre. Ma candidature est retenue et je décroche un rendez-vous avec l’éditeur de cette publication, issu de milieux scientifiques. L’entretien se déroule comme s’il avait affaire à une débutante – qui compte tout de même plus de dix ans de métier – et délivrant les "consignes" de rédaction, il m’explique que "pour rendre l’article vivant, on aime bien les témoignages. Il nous arrive régulièrement de transformer quelques lignes de texte narratif en discours direct. Ce qui n’est pas mentir puisque c’est basé sur la réalité." Enfin, il me propose un test : écrire un article de 7.500 signes dans la quinzaine. Je commence à travailler le sujet imposé mais, de moins en moins motivée, j’informe l’éditeur que je retire ma candidature.
L’affaire n’est toutefois pas terminée. Fin du même mois, le rédacteur en chef du magazine en question me dit qu’il attend – à ma grande surprise, puisque personne ne l’a informé de ma décision – mon article de toute urgence. Il est prévu pour le numéro de janvier, en bouclage. Je cède et lui transmets un article dans les meilleurs délais. Accusé de réception formel puis aucune nouvelle.
Janvier 2008. L’article si urgent que j’ai rédigé n’a pas été publié. Je le découvre dans le numéro du mois suivant, que j’achète. Relisant ma prose, je constate, avec étonnement, que j’aurais interviewé une jeune femme. Utilisant un passage de mon article, on a tout simplement inventé ce témoin. Je suis furieuse mais décide de ne pas réagir à chaud, attendant que l’on me contacte d’abord. Ce qui se produit enfin fin février, lorsqu’une employée administrative me prie de lui envoyer ma facture. Tarif : 0,025 cent le caractère. Je m’exécute mais la facture me revient au motif qu’elle n’est pas "correctement" libellée ! Là je m’énerve : je les trouve subitement bien tatillons pour des gens qui ne se gênent pas pour changer votre article au mépris le plus total de vos droits d’auteur et de la déontologie. L’employée me répond que mon histoire ne la regarde pas mais qu’elle a bien transmis le message.
Mi-avril et un rappel plus tard. Mes honoraires ont enfin été réglés mais je n’ai reçu aucune explication de la part du rédacteur en chef ou, on peut rêver, de l’éditeur. Je ne m’attendais pas à des excuses mais au moins à un petit quelque chose qui s’appelle, tout simplement, le respect.


7 janvier 2008

Témoignage : "Un pigiste pigeonné"

Journaliste professionnel indépendant, Olivier (prénom d’emprunt) gagnait tout juste de quoi s’en sortir en vendant à un quotidien des articles – environ 70.000 signes par semaine – et des photos. "Jusqu’à la fin de 2006, nous écrit-il, j’avais une moyenne mensuelle de 1.300 €, ce qui me convenait." En 2007, le journal décide soudain de réduire le budget des collaborateurs. Olivier se voit obligé, du jour au lendemain, d’accepter un forfait mensuel de... 1.050 € brut. Avec des frais élevés de téléphone à sa charge, ses cotisations sociales et ses impôts, il lui reste environ 750 € net.
Ainsi, un éditeur se permet de réduire de 19 % les revenus d’un de ses collaborateurs sans autre explication que la compression générale (?) des coûts. Dans quel autre secteur professionnel ce genre de pratique serait-il toléré ? "Mon chef prétend avoir peur de se faire taper sur les doigts s’il dépasse une certaine limite budgétaire, témoigne Olivier. Je lui ai rappelé que ce qu’il me paie est brut. Il m’a répondu poliment que ce n’était pas son problème, que je dois être courageux et fournir des articles modifiés à d’autres médias. Mais quand le ferais-je puisque je lui consacre tout mon temps !?"
Le "social" façon XIXe siècle n’est donc pas mort chez certains éditeurs. Et pourquoi se priveraient-ils de faire des économies puisque la main-d’œuvre ne manque pas au portillon ? Pour Olivier, la conclusion personnelle s’impose d’elle-même : "Je songe à démissionner et à arrêter le journalisme". Il avait obtenu sa carte professionnelle voici bientôt un an... (J.-F. Dt)


Pigiste (français), mode d’emploi

La brique (550 pages !) en est déjà à sa 6e édition. Le "Guide de la pige" est au journaliste français ce que la collection Lonely Planet est au voyageur indépendant. Secteur par secteur, il dresse l’état des lieux de la presse hexagonale, ses perspectives, la façon de démarcher ou quelle rémunération demander.
Les conseils abondent pour les pigistes débutants comme pour les plus confirmés, qu’il s’agisse de booster sa carrière, de gérer son stress ou de créer son blog. Ces chapitres-là pourront intéresser les journalistes belges, qui laisseront tomber tout ce qui concerne la législation du travail. Pour cela, on leur rappelle que le « Guide du journaliste indépendant » est en ligne sur le site de l’AJP. Une seconde édition actualisée et augmentée est d’ailleurs en cours d’achèvement. (J.-F. Dt)

Xavier Cazard et Pascale Nobecourt, "Guide de la pige. Journaliste, mode d’emploi", Entrecom Editions, Paris, 2007, 29 €.


6 juin 2007

PPP dans Consoloisirs

Voilà une trentaine d'années que Bernard Hennebert, journaliste et animateur connu pour son militantisme, défend une idée "non marchande" de la culture et l'information. Son site www.consoloisirs.be présente ses activités au Ligueur et au Journal du Mardi, et se double d'une newsletter du même nom qui, cette semaine, s'ouvre sur la campagne PPP. Avec la présentation du site, du Livre Noir, du colloque et du numéro spécial de douze pages ("une bagarre impressionnante de maturité et d’inventivité") ainsi que le témoignage de son expérience de jeune journaliste free-lance (que l'on peut lire ici).

2 mai 2007

Ils parlent de la campagne

Depuis son lancement, la campagne fait également parler d’elle sur le web. Voici une revue de presse (et des blogs) d’articles publiés au cours de ces derniers mois. Si votre lien ne figure pas dans cette liste, n’hésitez pas à nous envoyer votre url (journalistes@ajp.be).

Sur les "Cahiers" spécial "colloque international" (supplément au n°81 de Journalistes, avril 2007) :

- "Cahier spécial sur le colloque « Pigiste, pas pigeon ! » dans le « Journalistes » d’avril" - Site : Tuner.be

Sur le colloque international au Vertbois (Liège, 29 et 30 mars 2007) :

- "Média - « Pigiste, pas pigeon »" - Proxi-Liège

- "Le journalisme à l'épreuve du web" - Mehmet Koksal, journaliste indépendant et membre du Conseil de l'AJP invité de l'émission Pure Blog (Pure FM) de Damien Van Achter - Pure Blog

- "A propos du Livre noir des journalistes indépendants" - Le Journal du Mardi

- "Des journalistes à remobiliser!" - Le blog de Philochar

- "Journalisme précaire ? La faute à personne ! (si, Google)" - Blogging the news

Pigiste, pas pigeon ! aux premières Assises internationales du journalisme :

- "Pigistes en Belgique" - Le blog des Assises internationales du journalisme

- "10h-12h : Place aux débats" - Le blog Médias

- "Pigistes, formez-vous et engagez-vous !" - Pigiste, le mag !

- "Les pigistes se font entendre" - Blog Trotteur

- "Journalisme : les inquiétudes d'une profession en crise" - L'interdit (webzine)

Sur la campagne PPP :

- "Une campagne qui a pris le parti de manier l'humour et l'ironie..." - Semer l'(en)vie

- "Pigiste... pas pigeon!" - R.Kirsch-Blog


9 avril 2007

Pigistes en France et au Royaume-Uni

D’un point de vue belge, le statut des journalistes pigistes en France peut sembler enviable. La question est de savoir pour combien de temps. Selon Safia Allag-Morris, du Syndicat national des journalistes, "un journaliste sur six est pigiste en France et comme partout ailleurs, cette proportion est en augmentation constante. (..) Les journalistes indépendants au sens belge du terme n’existent pas en France, ils sont interdits. Un pigiste dispose en théorie d’un contrat de travail, contrat verbal dans bien des cas". Qui dit contrat de travail dit versement de salaire, cotisations sociales et application du droit du travail. La volonté de cesser la collaboration entre patron de presse et pigiste équivaut à une rupture du contrat de travail. Conformément au droit du travail, cela suppose donc "un entretien de fin de contrat et un préavis de licenciement", ajoute Safia Allag-Morris. Ainsi, poursuit-elle "un ralentissement ou une diminution des piges constitue une modification du contrat de travail". Dès lors, combien peut espérer gagner un pigiste en France ? Selon elle, un pigiste touche "entre 20 euros et 200 euros par 1.500 signes, pour une moyenne de 63 euros par 1500 signes".

Le statut est menacé par la mondialisation. Toujours inspirés par les méthodes de travail de leurs homologues étrangers, "les patrons français font toujours preuve d’une imagination débordante pour contourner la loi", prévient Safia Allag-Morris. "Ils exercent des pressions pour que les pigistes adoptent le statut d’indépendant". Le paysage journalistique français est d’ailleurs jalonné de procès intentés aux patrons de presse. "Devant le tribunal, les journalistes gagnent toujours mais le règlement est souvent très long". Des négociations sont d’ailleurs en cours afin d’éviter aux deux parties le recours systématique aux tribunaux "tant les pigistes s’impatientaient de la lenteur des règlements et les patrons en avaient assez de perdre à chaque fois".
Si la situation n'est pas aussi inquiétante qu’au Québec, Safia Allag-Morris déplore aussi "un manque de solidarité entre journalistes titulaires et pigistes". Car la fragilisation des pigistes affaiblit toute la profession... (N.T / IDJ)

Jim Boumellah, représentant la National union of journalists (NUJ) britannique, estime que la situation dans son pays et en Irlande est similaire à celle observée au Québec par Christiane Dupont. La NUJ fait partie des plus anciens syndicats de journalistes – elle fête cette année son centième anniversaire - et compte quelque 40.000 membres, parmi lesquels environ 7.500 freelances.Les freelances occupent une place importante au sein de la NUJ, qui leur propose toute une série d’outils : annuaire en ligne des freelances, offres d’emploi, négociation d’assurances, conseils juridiques, formation continue, etc. En matière de barème, des tarifs minimum ont été définis de manière très précise et la NUJ incite ses membres à les défendre. Même si, estime Jim Boumellah, la solidarité n’est jamais entièrement acquise. Pour lui, la question de l’avenir du journalisme place les freelances au cœur du débat, dans un contexte de concentrations qui ne leur est guère profitable et où l’émergence du "journalisme citoyen" est perçu comme une menace. (L.D. / Photos : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


4 avril 2007

Précarité, en Flandre aussi

La situation journalistes indépendants est aussi préoccupante que dans la partie francophone du pays et la Vlaamse vereniging van journalisten (VVJ) travaille, comme l’AJP, pour l’améliorer. "Les freelances de Flandre ne sont pas traités de façon normale. C'est-à-dire avec le respect qui doit être dû à un professionnel de l’information", affirme Pol Deltour, secrétaire national VVJ-AGJPB, qui distingue cependant les freelances convaincus, ceux pour qui "la liberté professionnelle est le seul statut possible. Car il existe des indépendants heureux même s’il reste toujours trop de freelances qui méritent mieux."
Parallèlement à l’augmentation du nombre de journalistes indépendants, Pol Deltour observe une nouvelle pratique inquiétante, celle du contrat d’intérim. "C’est de plus en plus répandu en Flandre. L’avantage est que le journaliste bénéficie d’une couverture sociale complète, puisque l’intérimaire est considéré comme un employé. Les barèmes utilisés dans ce type de contrat sont regrettables. A cela s’ajoute la question de la précarité de l’emploi. C’est un système que les employeurs utilisent comme celui d’une période d’essai étendue. Au mieux, le journaliste restera dans la rédaction, avec des contrats renouvelés mais sans les mêmes droits que les autres employés ‘normaux’." Pol Deltour dénonce des rémunérations toujours trop faibles, la perspective d’une main d’œuvre de plus en plus bon marché poussant d’ailleurs certaines rédactions à ne reculer devant aucune économie. "Ainsi, la rédaction régionale de Bruges-Côte du quotidien Het Laatste Nieuws a été supprimée. Les six photographes et trois rédacteurs freelances ont été remplacés par un seul bureau de presse qui effectue le même travail mais à un tarif réduit. On a parlé de 6 € la photo ! Et tout cela a été négocié avec la rédaction en chef. L’explication qui a été donnée est celle d’une offre de plus en plus étendue de journalistes citoyens que l’on ne peut négliger. S’ils sont prêts à travailler gratuitement, pourquoi payer ?" Et d’ajouter que "ce qui se passe n’est pas normal et ça se passe partout !" A la VVJ, on a fait de ce dossier une priorité. Avec la publication, en 2004, d’un guide destiné aux journalistes indépendants. Depuis plusieurs années, la VVJ demande la négociation d’un contrat-type et de barèmes minimaux. "La Vlaamse Dagbladpers (ndlr, les éditeurs de journaux flamands) nous a répondu que les éditeurs étaient peut-être préparés à parler de contrat-type mais surtout pas de barème. Chaque entreprise de presse veut fixer les siens. La question est de savoir comment dépasser cette attitude mais cela reste très difficile, tant il y a peu de solidarité entre les freelances et les salariés." Seule piste pour la VVJ, celle du politique, qui permettra de régler les volets social et fiscal, ainsi que le mécanisme des aides à la presse. "Le processus de sensibilisation des responsables politiques est en cours mais ce n’est pas facile… Il y a eu un engagement du ministre des Finances sur les coûts déductibles et le statut fiscal du droit d’auteur. Des contacts ont été pris avec le ministre des Affaires sociales pour une adaptation du statut d’artiste au journaliste freelance. On négocie aussi une assurance revenus garantis et une assurance collective en responsabilité professionnelle. Enfin, sur le plan judiciaire, nous avons obtenu un arrêt important du Tribunal du travail d’Anvers qui, il y a un an et demi, a accordé deux mois d’indemnités à un journaliste freelance remercié."
Pour aider les journalistes indépendants à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent, la VVJ a recruté l’an passé un conseiller qu’elle emploie à trois cinquième temps, Ivan Declercq. La VVJ a en outre modifié son nom car elle ne s’ouvre plus aujourd’hui qu’aux seuls journalistes professionnels puisqu’elle accueille, depuis l'an passé, les journalistes non agréés au titre, indépendants et correspondants de presse. Moyennant une cotisation réduite, ils bénéficient eux aussi des services de l'association flamande.

(L.D. / Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


3 avril 2007

Michel Konen : "Si vous n'acceptez pas ces conditions-là, allez voir ailleurs"

Le journalisme de l'avenir se conjugue en mode multimédia. Le temps où le journaliste se contentait de mener sa petite enquète et de transmettre son papier avant l'heure de bouclage est révolu. Désormais, celui qui n'est pas disposé à travailler sur les divers supports du web devra passer son tour. C'est ce qu'estime le directeur de la rédaction de La Libre Belgique, Michel Konen.

Ecouter le podcast :



Propos recueillis par (Nicolas Trottier - Institut de journalisme (Photo Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE).

Les pigistes au Québec

Ancienne vice-présidente de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), Christiane Dupont, livre un constat lucide et, avouons-le, plutôt déprimant de la situation des pigistes de la Belle Province. Le Québec comptait en 2001 environ 4000 journalistes dont 600 indépendants. Cette proportion ne cesse d’augmenter depuis quelques années. Christiane Dupont affirme que "n’importe qui peut s’improviser journaliste au Québec". La carte de presse demeure facultative et est d’ailleurs "plus décorative qu’autre chose". Les journalistes du Québec n’ont jamais voulu que leur Fédération mette sur pied une corporation professionnelle. "Pas question pour eux de restreindre l’exercice de la profession", prévient Christiane Dupont. Elle ajoute : "Pour la plupart de mes collègues, il s’agirait d’une atteinte à la démocratie et une façon de museler la presse". La formation en journalisme n’étant pas jugée nécessaire par les patrons, les stages sont une denrée rare, "une trentaine de stagiaires par année, tout au plus » déplore-t-elle. Ainsi, raconte Christiane Dupont « plusieurs aspirants journalistes venant de tous les horizons se bousculent à l’entrée des rédactions…prêts à faire de la pige pour rien du tout et tirant les tarifs vers le bas". Au grand bonheur des patrons de presse.

Combien gagne un pigiste au Québec ? "Les revenus moyens tirés exclusivement du journalisme sont sous la barre des 12 965 euros par an» révèle Christiane Dupont. Elle ajoute une information qui éveillera des échos familiers chez nous. "Au Québec, dans beaucoup de médias, les tarifs au feuillet n’ont pas augmenté depuis quarante ans". "Alors que les grands quotidiens paient à peine 31 euros pour un feuillet ou 250 mots, certains magazine spécialisés peuvent rétribuer leur collaborateur jusqu’à 250 euros du feuillet", précise-t-elle.
L’Association des journalistes indépendants du Québec a les mains liées dans le dos quand vient le temps d’effectuer son travail de représentation auprès des patrons. Ces derniers "contestent présentement en cours la légitimité de la représentation des pigistes par l’AJIQ", nous dit Christiane Dupont. Les indépendants doivent alors s’en remettre à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec qui prétend, de son côté, qu’"elle n’a aucun mandat pour représenter les intérêts financiers des pigistes et, par conséquent, ne les protège en rien".
Selon Christiane Dupont, parmi toutes les sociétés occidentales, le Québec serait celle "où la concentration de la presse est la plus importante". Dans ce marché en régression, de plus en plus replié sur lui-même. "Les médias ne plus portés à faire leur autocritique", affirme-t-elle. Aussi, "les journalistes salariés québécois se soucient d’abord de conserver leur emploi. Ils sont malheureusement souvent complaisants (...) De leur côté, les indépendants ne dénonceront pas les pratiques d’un média concurrent par peur de s’aliéner un groupe de presse au complet. Finalement, dans la très grande majorité des cas, les salariés ne sont pas ou peu solidaires des pigistes". Dans un tel contexte, Christiane Dupont ne peut cacher son pessimisme. "Si rien ne change, ce métier est carrément en train de disparaître au Québec. Il sera bientôt remplacé par le métier de fournisseur de contenu !"
Pour donner l’heure juste aux futurs forçats du métier, Christiane Dupont a publié, l'automne dernier, avec Pascal Lapointe un guide intitulé "Les nouveaux journalistes – Entre précarité et indépendance". Il s'agit d'un guide pratique sur tout ce qu'un bon pigiste devrait savoir : comment organiser son travail, comment proposer des sujets, où s'adresser, quelles qualités faut-il développer, etc. C’est un début.

(Nicolas Trottier - Institut de journalisme / Photo Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


2 avril 2007

En Europe, journaliste et journalisme menacés

La matinée du vendredi était consacrée au volet international avec, pour commencer, un petit tour de la pige en Europe avec Renate Schroeder, co-directrice de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), qui rassemble quelques 260.000 journalistes dans plus de 30 pays. La FEJ milite pour les droits sociaux et professionnels des journalistes et son action s’articule, notamment, autour de quatre groupes de travail : freelances, droit d’auteur, droit du travail, audiovisuel.
En 1999 et 2006, la FEJ réalisait une enquête sur la nature changeante du travail. "La précarité est une question importante car elle a un impact sur la liberté de la presse, le droit du travail et le journalisme professionnel", explique Renate Schroeder, en énonçant les grandes conclusions de cette enquête. "Le recul du journalisme critique et d’investigation y est dénoncé : un journalisme qui n’est pas assez rémunéré et pour lequel il n’y a pas assez de temps à consacrer. Dans le même temps, on constate que le journaliste est amené à devenir de plus en plus polyvalent. (…) Les réglementations et régimes fiscaux sont de plus en plus sévères dans la plupart des pays. Ce qui conduit à l’application de normes injustes", analyse-t-elle. Et la situation serait particulièrement préoccupante dans les pays d’Europe de l’Est, où "tant la légalisation que les syndicats sont faibles. Les employeurs les plus puissant viennent souvent de l’Ouest et il est assez difficile de combattre ça", regrette-t-elle.

Sur le plan des rémunérations, impossible d’établir des comparaisons entre les différents pays d’Europe, tant les disparités sont importantes en terme de niveau de vie. A titre indicatif, on notera qu’un feuillet est payé à partir de 10 € en Croatie et que le journaliste gagne 116 € l’heure au Danemark, 47 € l’heure en Finlande ou encore 310 € la journée en Allemagne.
Et de souligner que le volume des journalistes indépendants est de plus en plus élevé partout en Europe, "un défi, tant sur le plan des conditions de travail que sur celui de la qualité du journalisme". Dès lors, comment mieux armer les journalistes indépendants ? En les formant - aux nouvelles technologies ou voire, comme au Danemark, à la négociation -, en les intégrant au sein des différents organismes de défense de la profession, en faisant appliquer des barèmes recommandés, en menant des campagnes de sensibilisation à l’échelle européenne contre la précarité…
"Depuis les années 90, la situation globale des free-lances a évolué. Il y a eu des accords sociaux sur le travail à temps partiel ou le télétravail. Mais les temps ont changé et plus rien de bouge. A la FEJ, voulons que le terme de ‘travailleur’ soit utilisé pour définir le journaliste indépendant. (…) Nous sommes à la croisée de changements énormes dans la profession car il n’y a pas que le journaliste qui est menacé : le journalisme aussi".
Dans cet esprit, la FEJ rédigeait, l’an passé, une charte définissant les droits des journalistes free-lances en Europe.

(L.D. / Photos : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


30 mars 2007

Et du côté des responsables politiques ?



Réalisation : Arnaud Grégoire - www.katcha.be


Edit - 02/04/07

La première journée de colloque s’est terminée par une table-ronde donnant la parole aux représentants du monde politique. Plusieurs pistes ont été lancées telles qu’une diminution de la fiscalité, voire un nouveau cadre fiscal pour les auteurs journalistes, l’amélioration de la couverture sociale du travailleur indépendant (par exemple, à partir du 1er janvier 2008, tous les travailleurs indépendants seront couverts par les « petits risques »), la rémunération des stages d’étudiants, conditionner l’octroi des aides à la presse à une série de critères, l’élaboration d’un statut de « pigiste » comme en France… Une seule a cependant été écartée : l’instauration d’un numerus clausus dans les écoles de journalisme, l’enseignement devant rester libre et ouvert au plus grand nombre. (L. D. - PHOTO : C. Bortels)


10 diplômés pour un emploi… on continue ?

Chaque année en Belgique, les universités et hautes écoles il y a 350 dilplômés sortant des écoles de journalisme (et communication). "10 diplômés pour un emploi… on continue ?" Une troisième table ronde au titre un brin provocant, histoire de donner la parole aux représentants des écoles de journalisme. Pour Frédéric Antoine, de l’UCL, "mettre tous les diplômés dans le même panier, c’est abusif !" C’est que, selon lui, il ne faut pas confondre le programme de journalisme de son alma mater avec les programmes de communication offerts ailleurs. Parce que l’UCL offre une véritable formation en journalisme et non pas en communication, "moitié de nos diplômés trouvent un emploi dans le journalisme", précise-t-il. Aussi, chez lui, une sélection rigoureuse s’opère chez les futurs candidats, "le premier cycle universitaire sert de filtre". Afin de permettre aux pigistes de sortir la tête de l’eau, Frédéric Antoine propose l’idée de stages rémunérés, comme cela se pratique par exemple en France.

Du côté de l’Ihecs, Marc Sinaeve admet que le nombre d’étudiants en journalisme ne cesse d’augmenter. Aussi, se défend-il d’inonder le marché limité des stages avec ses 70-80 diplômés par année : "Ils sont libres d’effectuer leurs stages dans la presse associative s’ils le désirent". Cependant, il n’est pas question pour lui de mettre des lunettes roses. "Nous privilégions une approche honnête de la formation et osons dire les réalités du métier", affirme-t-il. En rupture avec le "mythe du plus beau métier du monde et de la vocation", l’Ihecs informe depuis quelques années ses étudiants des écueils qui les guettent au terme de leurs études (parmi les déclencheurs, la sortie de l’ouvrage d’Alain Accardo sur le journalisme précaire). C’est pourquoi "nous continuons à suivre nos étudiants après la fin de leurs études", explique-t-il.

Selon la représentante de l'ULg, Christine Servais, il s’agit d’accorder en toutes circonstances la "primauté du choix individuel de l’étudiant", rappelant que le rôle de l’université est celui du partage du savoir. Et ajoutant du même souffle qu’il n’y a pas lieu de remettre ce choix en question par un "numerus closus". Christine Servais affirme que "l’offre d’enseignement n’a rien à voir avec la précarité des journalistes, nous n’en formons pas trop". Et de s’interroger. "Dans quelle mesure le marché de l’emploi doit réguler l’offre de formation universitaire ? Les journalistes y sont plutôt formés "à penser autrement et à remettre le marché en question".

François Heynderickx, de l’ULB, prétend que la Belgique francophone "n’a pas à rougir des journalistes qu’elle forme". La formation n’est pas, selon lui, la seule en cause dans la précarisation du métier. Sans faux-fuyant, François Heynderickx affirme tout haut ce que plusieurs admettent tout bas: "Beaucoup d’étudiants vont en journalisme parce que c’est une formation universitaire intellectuellement accessible". De ce fait, ils constituent un frein à la formation des plus motivés. Sur les responsabilités de l’université envers les futurs diplômés en journalisme, il énonce trois devoirs. "Nous devons la franchise à nos étudiants. Nous avons même tendance à noircir le tableau. Nous devons une formation du plus haut niveau, combler les attentes du marché tout en en se portant garant d’une qualité du journalisme. Et Nous devons aux étudiants une pratique honnête du journalisme et nous assurer qu’ils conservent cette probité tout au long de leur carrière", conclut-il.

(Nicolas Trottier - Institut de journalisme / Photo "pigeons" PPP / "table-ronde": C. Bortels)


29 mars 2007

Précarité, le journalisme est-il en danger ?

La deuxième table ronde de la journée, "Précarité : le journalisme est-il en danger ?", donne un autre son de cloche que celui des responsables des médias. Dans un pays où le droit de vote est obligatoire, l’heure est grave. "Si la presse n’est plus capable d’exercer correctement, c’est la démocratie qui ne sera plus capable de fonctionner correctement", prévient Jean-Jacques Jespers, de l’Université libre de Bruxelles (ULB). "L’organisation actuelle du travail journalistique, en exigeant toujours plus de flexibilité et de polyvalence, créé une superficialité dans le traitement de l’information", poursuit-il.

À quoi peut ressembler cette organisation du travail aujourd’hui ? Il n’est pas rare pour un pigiste de devoir écrire 5000 signes par jour pour gagner 2000 euros par mois. Et cette situation ne serait pas qu’anecdotique. Ricardo Gutierrez, auteur du blog The Mole News, affirme que le sujet suscitant le plus de réactions de la part des blogueurs est précisément la précarité des journalistes ("trente-trois pages en format A4").
Cercle d’autant plus vicieux que la précarité dans la profession fait fuir les meilleurs journalistes, selon l’Institut Montaigne. Même chez les plus passionnés, ceux qui s’accrochent malgré tout, la tentation de la médiocrité est grande.

"Un journaliste mal payé va bâcler son travail, réécrire plusieurs fois le même article pour différentes publications, va négliger son travail d’enquête, va emprunter à d’autre articles", ajoute Christiane Dupont, pigiste de Montréal et auteur du guide "Les nouveaux journalistes". La rédactrice en chef du journal Le Soir, Béatrice Delvaux, ne dit pas le contraire en affirmant que finalement "l’emploi salarié est fondamental pour assurer l’indépendance du journaliste", notamment pour résister aux assauts des lobbies et des sociétés de communication.
"Ne soyez pas preneurs de tout. Ayez une spécialité", conseille-t-elle. "La précarité du journaliste n’est-elle pas redevable aux limites de sa formation ?", interroge-t-elle. Selon Christiane Dupont, "le journaliste indépendant doit assumer les risques de sa spécialisation sans pour autant en tirer de bénéfices économiques."

(Nicolas Trottier - Institut de journalisme / Photos : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


6.000 euros par mois

Première table ronde de la journée : "Des tarifs de misère ? Ce qu’en pensent les responsables des médias ". Reprenant les tarifs publiés dans "Le Livre Noir des journalistes indépendants", Jean-François Dumont, modérateur du débat, a demandé aux intervenants si la vidéo "Entretien d’embauche", réalisée pour l’AJP par Gabal Productions et diffusée en introduction, n’était qu’une caricature "bête et méchante" de la relation pigiste/employeur.

Bruno de Cartier, président des Journaux francophones belges (JFB) et administrateur délégué du groupe Corelio, a préféré ne pas répondre directement à la question, expliquant que la presse quotidienne était en train de connaître "une période de renouveau", investissements conséquents à la clé. Les tarifs de misère pratiqués notamment à Vers L’Avenir ? "Une conséquence de la révolution des modes de production de l’information, où la contrainte économique est de plus en plus forte". Dans ce contexte, il souligne l'importance des aides à la presse, s'élevant à plus de 6 millions d'euros pour l'ensemble des groupes de presse de la Communauté française. "Le défi, aujourd'hui, est de conquérir de nouvelles générations de lecteurs (...) L'ensemble des titres vieillit avec son lectorat et, en tant que groupe de presse, nous avons le devoir de concevoir les médias de demain".

Michel Konen, directeur de la rédaction de La Libre Belgique, a rappelé que, au cours de ces dernières années, le problème des faux indépendants a été résolu dans sa rédaction, conformément à un accord signé avec l'AJP. N’y restent plus que deux journalistes indépendants "par choix". Quant aux journalistes de la rédaction internet, précise-t-il, ils n’entrent pas dans le régime de la même convention.
Concernant les tarifs publiés dans "Le Livre Noir", Michel Konen dit qu’il ignorait "parfaitement que l’on payait les brèves 5 €". Ajoutant que "on paie davantage que ce qui est indiqué dans ‘Le Livre Noir’". Mais, conséquence d’une politique orientée vers le multimédia, les journalistes travaillant pour La Libre doivent abandonner leurs droits d’auteur à l’employeur.

Du côté de la RTBF, où il chapeaute la rédaction du JT, Benoît Moulin a expliqué avoir très peu recours à des journalistes indépendants. "Il y a 288 journalistes à la RTBF. Environ 3% d’entre eux sont pigistes", affirme-t-il. Combien gagne un indépendant à la RTBF ? Benoît Moulin répond sans détour : 17 € brut de l’heure. Et un cameraman ? Sans certitude, il estime la rémunération horaire à 11 €.

Etre journaliste indépendant dans l’audiovisuel ? Mieux vaut dans l’une des douze télés locales de la Communauté française, selon Jean-Louis Radoux, directeur de RTC Télé-Liège. Mais si les free-lances sont mieux rémunérés (150 € le sujet et 20 € par heure supplémentaire) en télé locale, reste que le volume des piges qui leur est proposé est assez faible. Explication : le statut d’indépendant y constitue le premier pas vers celui de salarié.

Pour le directeur général du groupe Rossel, Daniel Van Wylick, l’idéal serait de n’engager que des indépendants mais mieux payés. Et pourquoi pas avec un salaire mensuel brut de 6.000 € ? "En Belgique, les charges de travail sont si importantes qu’un journaliste salarié coûte environ 6.000 € à l’entreprise. Imaginez qu’un indépendant reçoive cette somme chaque mois… " Daniel Van Wylick estime néanmoins que Le Soir est loin d’être un mauvais élève en matière de rémunération de ses pigistes, les tarifs pratiqués étant d’ailleurs, selon lui, "plus élevés" que ceux dénoncés dans "Le Livre Noir".
"Le business de la presse quotidienne payante est, aujourd’hui, arrivé à maturité (…) Il faut se refuser d’imaginer que ce soit une fatalité. Les choses sont possibles mais difficiles. (…) Le modèle actuel ne peut plus générer de la rentabilité. On sait que l’on va basculer vers celui du web mais que ce ne sera pas rentable avant un certain nombre d’années". Et de prédire une nouvelle période de vaches maigres - trois ou quatre ans environ- pour la presse quotidienne.

(L.D. / Photos : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


PPP : au-delà des constats, des actions

L’Association des journalistes professionnels, en collaboration avec sa section liégeoise, organise ces 29 et 30 mars au Vertbois (Liège) un colloque consacré à la précarité des journalistes indépendants.
La première journée de débats a débuté avec le mot de bienvenue du président de l’AJP, Marc Chamut, qui a souligné l’importance que prend, de plus en plus, le groupe des journalistes indépendants au sein de l’union professionnelle, représentative du secteur : en Belgique, un journaliste sur quatre est indépendant.
Martine Simonis, secrétaire nationale AJP-AGJPB, a retracé le cheminement de la campagne "Pigiste, pas pigeon !" qui a démarré, il y a deux ans : sept rencontres régionales ont été organisées en 2005 et 2006 avec les journalistes indépendants de la Communauté française, une enquête et appel à témoignages ont suivi dans la foulée . Restait à compiler et mettre en forme le matériel récolté : en septembre 2006, l’AJP publiait, en collaboration avec les éditions Luc Pire, "Le Livre Noir des journalistes indépendants", coordonné par Jean-François Dumont.
Pour en parler, Dominique Nahoé, membre du Conseil de l’AJP - où il représente les journalistes indépendants - et nouvellement président de la section liégeoise de l’union professionnelle. Reprenant les constats du "Livre Noir", il a notamment souligné la situation des journalistes stagiaires indépendants. En 2005, l'AJP en dénombrait quarante-deux et ils gagnaient, en moyenne, 1.554 € brut par mois. Quatorze d’entre eux gagnaient moins du salaire minimum de 1.200 €. Bien sûr, il existe des journalistes indépendants heureux, a souligné Dominique Nahoé. Mais, pour la plupart d’entre eux, les conditions d’exercice du métier sont particulièrement difficiles. "Certains, pour s’en sortir, écrivent jusqu’à sept articles par jour. D'autres ont même un deuxième métier", a-t-il expliqué.
Daniel Conraads, membre du Conseil de l’AJP, ancien président de l’AJP Liège et journaliste au Soir, a illustré le propos avec son expérience de la presse liégeoise. Se rappelant que, à ses débuts dans la profession il y a une trentaine d’années, les free-lances représentaient un phénomène marginal. Au début des années 80 - de nombreux titres existaient encore à l'époque (La Cité, Le Drapeau Rouge, La Wallonie...) -, la presse quotidienne liégeoise comptait 120 journalistes salariés contre une septantaine aujourd’hui. Et des 320 journalistes professionnels actuellement recensés en région liégeoise, 22,5% sont indépendants. Un portrait-robot proche de celui dressé sur l'ensemble de la Communauté française.

(L.D. / Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


27 mars 2007

Colloque international à Liège (29 et 30 mars 2007)

L'AJP et sa section liégeoise organisent, ces 29 et 30 mars 2007 à Liège, au Vertbois, un colloque international "Pigiste, pas pigeon!". Au programme des débats, un point sur la campagne, ce que disent les responsables des médias sur les tarifs des journalistes indépendants, la précarité et son impact sur la qualité du journalisme, le trop-plein de diplômés en journalisme, les engagements politiques pour la prochaine législature et un tour d'Europe et du Québec en matière de piges. On y retrouvera aussi les spots vidéo de la campagne PPP, les publications de l'AJP et même des pigeons en chair et en os !

Ce colloque sera également à suivre, en direct, sur ce blog, avec la collaboration de l'Institut de journalisme.

Télécharger ici le programme complet

12 mars 2007

Aux Assises internationales du journalisme (5) : "Il faut arrêter de taper sur le journaliste" (Edwy Plenel)

Le journalisme est en crise. Voire, en danger de mort, comme cela a été dit à plusieurs reprises lors de ces premières Assises internationales du journalisme. Analyse d'Edwy Plenel, journaliste, écrivain et ancien directeur de la rédaction du Monde.

Ecouter le podcast :



"Il y a, à l’évidence, une crise économique. Notamment de la presse quotidienne papier. Il y a une crise professionnelle parce que notre métier, dans le monde globalisé, est devenu plus difficile. Le temps et l’espace se sont rétrécis. Nous avons plus de sources et, en même temps, plus de difficultés à les recouper. La réalité est moins à distance. Et puis, il y aussi une crise morale qui est la conjonction des deux et à laquelle s’ajoute une crise démocratique. Souvent, le public s’en prend aux journalistes parce qu’il est en attente à l’égard de la démocratie. C’est la crise de la représentation démocratique. Du coup, au lieu de s’en prendre à la représentation des élus, on s’en prend aux journalistes qui représentent cette réalité. Ces trois éléments convergent actuellement parce que notre profession est emblématique de la révolution industrielle que nous vivons depuis dix, quinze ans, qui est la révolution de l’information. Celle que tout le monde vit avec l’ordinateur. Nous sommes le métier de producteur d’information est évidemment symbolique de cette révolution. Comme toute révolution, c’est un moment de nouveau rapports de force, un moment où les travailleurs que nous sommes doivent essayer de défendre leur part du gâteau et aussi leur part de responsabilité sociale et démocratique face à une logique strictement économique : celle des acteurs capitalistes. C’est arrivé lors des précédentes révolutions industrielles, et dans beaucoup d’autres profession."

Parallèlement, c'est une profession qui se précarise de plus en plus...

"Bien sûr, la révolution industrielle est utilisée par ça. Les acteurs économiques essaient, au nom d’une équation qui serait celle de la gratuité, de l’audience et celle de la disparition du journalisme, de sa spécificité, de sa compétence, de nous précariser. Pas parce qu’ils sont méchants mais parce que c’est, tout simplement, le rapport entre capital et travail. Le capital veut augmenter sa part et réduire celle qu’il devra au salaire et au travailleur. Nous sommes des travailleurs intellectuels. Il nous arrive ce qui est arrivé dans d’autres industries. C’est à nous de nous battre, de défendre ce que nous faisons. Mais aussi de nous tourner vers l’opinion pour qu’elle comprenne notre combat, qu’elle arrête de taper sur le journaliste, ce qui arrange tout le monde. Ça arrange les pouvoirs politiques et économiques. Pendant ce temps là, eux font leurs affaires et nous, citoyens, sommes de moins en moins bien informés. Taper sur le journaliste, c’est finalement se priver de celui qui va donner l’alerte. Il ne faut jamais oublier qu’une des grandes conquêts démocratiques de la construction de l’Europe, c’est cet arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme qui dit que le journaliste est le chien de garde de la démocratie. Celui qui aboie, celui qui alerte, celui qui donne l’alarme. Peut-être que, parfois, il aboie trop et qu’il est peut être un peu excité. Mais il vaut mieux que cette alarme soit excessive et que ces aboiements dérangent le voisinage plutôt que il n’y en ait pas. Le journalisme, c’est ça son rôle démocratique. A lui de le mériter par la qualité de son travail, par sa responsabilité, par sa conscience de sa responsabilité et de son rôle démocratique. C’est aussi à l’opinion de comprendre conscience qu’un monde sans journaliste serait un monde uniquement régi par les rapports de force des pouvoirs politiques et, surtout, des pouvoirs économiques."

11 mars 2007

Aux Assises internationales de journalisme (4) : "Une question violente" (Hervé Brusini)

Intervenant de l'atelier "Comment prévenir les tsunamis médiatiques ?" aux Assises internationales du journalisme, le 8 mars à Arras, Hervé Brusini, directeur délégué de l'information à France 3, a parlé "d'état d'alerte" du journalisme. "Face à cela, il y a un rappel à l'ordre colossal qui est le web, qui sont les blogs. Les citoyens du monde hurlent le fait qu'ils existent et qu'ils veulent être reconnus en tant que tels. Je souhaiterait que ce ne soit pas le tocsin de la profession mais une sirène alertant les journalistes : refaites ce pourquoi vous êtes payés. Ca veut dire que les 35 heures sont une aberration pour le métier parce que, quand on est dedans, il faut le faire de manière totalement investie." Reste que si l'exigence professionnelle veut que l'on ne compte pas ses heures de travail, celles-ci deviennent de moins en moins bien rémunérées. La précarité, un élément déterminant de la crise que le journalisme connaît actuellement ? Hervé Brusini ne le croit pas, même s'il reconnaît qu'il s'agit là d'une question violente.

Ecouter le podcast :



"On ne peut pas réduire la crise du journalisme à la précarité du statut de journaliste. Il y a une crise au fond, sur ce que nous faisons, sur notre rôle en société. La précarité est une terrible question qui doit être réglée comme toutes les questions de précarité : dans un vrai dialogue social. Ce n’est pas simple car l’argent vient à manquer alors qu'il est devenu une valeur dans l'exercice de notre métier. Quand je suis arrivé à la télé, je n’entendais parler que peu de budget. Aujourd’hui, nous avons tous intégré la notion budgétaire. C’est peut-être un bien car on sait bien que l’indépendance c’est la maîtrise de l’argent qu’on utilise. Je préfère que nous en soyons maîtres plutôt que d’autres qui n’ont que des préoccupations de gestionnaires. Mais tout ça a engendré, dans beaucoup des lieux de travail journalistique, une précarité élevée. C’est une question violente que doivent résoudre tous ces organes de presse. La précarité n’est pas la seule à expliquer la crise du métier mais c’est effectivement un paramètre important."