Le
« Livre Noir des Journalistes indépendants » fait un tabac
en librairie : en deux mois, les 300 exemplaires distribués
dans les librairies ont été épuisés. De son côté,
l’AJP en a vendu autant en ligne. La diffusion large du Livre Noir est une
bonne nouvelle : plus on parlera de la situation précaire des pigistes,
mieux nous parviendrons à convaincre de la nécessité d’y
apporter des améliorations sensibles.
Les
contacts se poursuivent avec le monde politique. A la mi-novembre,
une délégation de l’AJP a rencontré le cabinet de Marie-Dominique Simonet (Enseignement supérieur) pour l’informer et la saisir de deux questions : la pléthore de diplômés
en communication et la nécessaire réforme des stages étudiants
gratuits dans les rédactions. Pour mémoire, on chiffre à
quelque 400 le nombre de diplômés des filières « journalisme
» par an, alors qu’il n’y a environ qu’une quarantaine (au maximum)
d’emplois stables, toutes rédactions confondues.
Nous
ne sommes pas les seuls à dénoncer cette situation : interviewée
par Le Soir, le 19 novembre dernier, Anne Morelli (professeur à l’ULB)
déclare : « On n’ose pas dire que certaines filières
sont saturées. Pour prendre votre métier en exemple, on diplôme
400 journalistes par an pour 2.500 professionnels. Pour faire de la place aux
jeunes, il faudrait tuer les journalistes tous les six ans. Ne pas le dire,
c’est vendre de l’illusion aux étudiants ».
La pléthore d’étudiants
a un effet direct sur le nombre de stages étudiants dans les rédactions
: un rapide calcul permet de chiffrer à 500 le nombre de stages effectués
chaque année dans nos rédactions par les étudiants de
différentes années, stages dont la durée varie de 1 à
3,5 mois. Le processus de Bologne n’arrange rien à la chose : des
bacs en communication se créent (Namur, Mons) augmentant ainsi une offre
déjà surabondante et certaines écoles dont le cursus passe de 4 à 5 années
d’études (l’Ihecs) vont combler une partie de leur programme
par plusieurs mois… de stages ! L’AJP n’a rien contre les
stages : s’ils sont bien encadrés par les rédactions, ils
permettent un contact avec le terrain qu’aucun cours ne peut donner. Mais
on est souvent loin du compte au plan de l’encadrement par les rédactions,
et pour cause. L’AJP constate que les stagiaires étudiants constituent
un volant de main d’œuvre abondante, régulièrement
renouvelée, envoyée sur le terrain souvent sans accompagnement, et qui produit son lot de travail journalistique. A ce niveau de production
gratuite, il s’agit d’une concurrence particulièrement déloyale
vis-à-vis des journalistes indépendants qui tentent de placer
leur papiers et reportages. Le constat est brutal mais il est partagé
par tous les protagonistes : les nouveaux diplômés qui tentent
de trouver du travail, les journa-listes indépendants qui se battent
pour garder leurs collaborations, et même entre quatre yeux, des responsables
des stages dans les écoles et les rédactions.
Il
ne suffit pas cependant de partager les mêmes constats dramatiques pour
que les solutions se dégagent. Lors de sa réunion avec le cabinet Simonet, l’AJP a formulé deux pistes de travail : identifier une seule filière de formation en journalisme
(qui devrait être partout dis-tincte de la com’ et des RP) et augmenter
le niveau d’exigence du cursus en impo- sant un cycle long. Pour les stages,
limiter à un mois et en dernier cycle le stage étudiant. Le cabinet s’est
engagé à réunir une table ronde (écoles et profession)
afin de discuter des constats et des propositions de l’AJP. Nous avons l’objectif
d’entamer à ce sujet une large concertation. A suivre donc.
Tout cela n’améliorera
pas de sitôt nos fins de mois, pensent ici les pigistes qui nous lisent.
Et ils ont raison, car les chantiers sont ouverts sur plusieurs fronts. On reviendra
le mois prochain à celui qui sera mené en inter-cabinets à
l’initiative de la ministre Laanan et qui portera sur l’amélioration
du statut social et fiscal, en lien avec l’aide aux entreprises du secteur.
Par ailleurs, deux journalistes
indépendants québécois, Pascal Lapointe et Christiane Dupont,
viennent de publier « Les nouveaux journalistes. Le guide. Entre précarité
et indépendance », (Presses de l’Université Laval).
Ils ont pris contact avec l’AJP pour prolonger une réflexion
commune.
A l’agenda de notre
campagne, l’AJP était présente à Tournai (Haute Ecole
de la Communauté française de Belgique Mons-Tournai) le 29 novembre
et elle sera à L’Institut de Journalisme (Bruxelles) le 4 décembre,
à la Maison de la presse de Mons le 5 décembre, pour un débat
sur « Un Livre Noir, et après ? ».
Le site de la campagne commence
à connaître son succès d’audience avec plus de 26.000
pages vues et quelque 5.000 visites depuis son
lancement à la mi-septembre.