30 mars 2007

Et du côté des responsables politiques ?



Réalisation : Arnaud Grégoire - www.katcha.be


Edit - 02/04/07

La première journée de colloque s’est terminée par une table-ronde donnant la parole aux représentants du monde politique. Plusieurs pistes ont été lancées telles qu’une diminution de la fiscalité, voire un nouveau cadre fiscal pour les auteurs journalistes, l’amélioration de la couverture sociale du travailleur indépendant (par exemple, à partir du 1er janvier 2008, tous les travailleurs indépendants seront couverts par les « petits risques »), la rémunération des stages d’étudiants, conditionner l’octroi des aides à la presse à une série de critères, l’élaboration d’un statut de « pigiste » comme en France… Une seule a cependant été écartée : l’instauration d’un numerus clausus dans les écoles de journalisme, l’enseignement devant rester libre et ouvert au plus grand nombre. (L. D. - PHOTO : C. Bortels)


10 diplômés pour un emploi… on continue ?

Chaque année en Belgique, les universités et hautes écoles il y a 350 dilplômés sortant des écoles de journalisme (et communication). "10 diplômés pour un emploi… on continue ?" Une troisième table ronde au titre un brin provocant, histoire de donner la parole aux représentants des écoles de journalisme. Pour Frédéric Antoine, de l’UCL, "mettre tous les diplômés dans le même panier, c’est abusif !" C’est que, selon lui, il ne faut pas confondre le programme de journalisme de son alma mater avec les programmes de communication offerts ailleurs. Parce que l’UCL offre une véritable formation en journalisme et non pas en communication, "moitié de nos diplômés trouvent un emploi dans le journalisme", précise-t-il. Aussi, chez lui, une sélection rigoureuse s’opère chez les futurs candidats, "le premier cycle universitaire sert de filtre". Afin de permettre aux pigistes de sortir la tête de l’eau, Frédéric Antoine propose l’idée de stages rémunérés, comme cela se pratique par exemple en France.

Du côté de l’Ihecs, Marc Sinaeve admet que le nombre d’étudiants en journalisme ne cesse d’augmenter. Aussi, se défend-il d’inonder le marché limité des stages avec ses 70-80 diplômés par année : "Ils sont libres d’effectuer leurs stages dans la presse associative s’ils le désirent". Cependant, il n’est pas question pour lui de mettre des lunettes roses. "Nous privilégions une approche honnête de la formation et osons dire les réalités du métier", affirme-t-il. En rupture avec le "mythe du plus beau métier du monde et de la vocation", l’Ihecs informe depuis quelques années ses étudiants des écueils qui les guettent au terme de leurs études (parmi les déclencheurs, la sortie de l’ouvrage d’Alain Accardo sur le journalisme précaire). C’est pourquoi "nous continuons à suivre nos étudiants après la fin de leurs études", explique-t-il.

Selon la représentante de l'ULg, Christine Servais, il s’agit d’accorder en toutes circonstances la "primauté du choix individuel de l’étudiant", rappelant que le rôle de l’université est celui du partage du savoir. Et ajoutant du même souffle qu’il n’y a pas lieu de remettre ce choix en question par un "numerus closus". Christine Servais affirme que "l’offre d’enseignement n’a rien à voir avec la précarité des journalistes, nous n’en formons pas trop". Et de s’interroger. "Dans quelle mesure le marché de l’emploi doit réguler l’offre de formation universitaire ? Les journalistes y sont plutôt formés "à penser autrement et à remettre le marché en question".

François Heynderickx, de l’ULB, prétend que la Belgique francophone "n’a pas à rougir des journalistes qu’elle forme". La formation n’est pas, selon lui, la seule en cause dans la précarisation du métier. Sans faux-fuyant, François Heynderickx affirme tout haut ce que plusieurs admettent tout bas: "Beaucoup d’étudiants vont en journalisme parce que c’est une formation universitaire intellectuellement accessible". De ce fait, ils constituent un frein à la formation des plus motivés. Sur les responsabilités de l’université envers les futurs diplômés en journalisme, il énonce trois devoirs. "Nous devons la franchise à nos étudiants. Nous avons même tendance à noircir le tableau. Nous devons une formation du plus haut niveau, combler les attentes du marché tout en en se portant garant d’une qualité du journalisme. Et Nous devons aux étudiants une pratique honnête du journalisme et nous assurer qu’ils conservent cette probité tout au long de leur carrière", conclut-il.

(Nicolas Trottier - Institut de journalisme / Photo "pigeons" PPP / "table-ronde": C. Bortels)


29 mars 2007

Précarité, le journalisme est-il en danger ?

La deuxième table ronde de la journée, "Précarité : le journalisme est-il en danger ?", donne un autre son de cloche que celui des responsables des médias. Dans un pays où le droit de vote est obligatoire, l’heure est grave. "Si la presse n’est plus capable d’exercer correctement, c’est la démocratie qui ne sera plus capable de fonctionner correctement", prévient Jean-Jacques Jespers, de l’Université libre de Bruxelles (ULB). "L’organisation actuelle du travail journalistique, en exigeant toujours plus de flexibilité et de polyvalence, créé une superficialité dans le traitement de l’information", poursuit-il.

À quoi peut ressembler cette organisation du travail aujourd’hui ? Il n’est pas rare pour un pigiste de devoir écrire 5000 signes par jour pour gagner 2000 euros par mois. Et cette situation ne serait pas qu’anecdotique. Ricardo Gutierrez, auteur du blog The Mole News, affirme que le sujet suscitant le plus de réactions de la part des blogueurs est précisément la précarité des journalistes ("trente-trois pages en format A4").
Cercle d’autant plus vicieux que la précarité dans la profession fait fuir les meilleurs journalistes, selon l’Institut Montaigne. Même chez les plus passionnés, ceux qui s’accrochent malgré tout, la tentation de la médiocrité est grande.

"Un journaliste mal payé va bâcler son travail, réécrire plusieurs fois le même article pour différentes publications, va négliger son travail d’enquête, va emprunter à d’autre articles", ajoute Christiane Dupont, pigiste de Montréal et auteur du guide "Les nouveaux journalistes". La rédactrice en chef du journal Le Soir, Béatrice Delvaux, ne dit pas le contraire en affirmant que finalement "l’emploi salarié est fondamental pour assurer l’indépendance du journaliste", notamment pour résister aux assauts des lobbies et des sociétés de communication.
"Ne soyez pas preneurs de tout. Ayez une spécialité", conseille-t-elle. "La précarité du journaliste n’est-elle pas redevable aux limites de sa formation ?", interroge-t-elle. Selon Christiane Dupont, "le journaliste indépendant doit assumer les risques de sa spécialisation sans pour autant en tirer de bénéfices économiques."

(Nicolas Trottier - Institut de journalisme / Photos : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


6.000 euros par mois

Première table ronde de la journée : "Des tarifs de misère ? Ce qu’en pensent les responsables des médias ". Reprenant les tarifs publiés dans "Le Livre Noir des journalistes indépendants", Jean-François Dumont, modérateur du débat, a demandé aux intervenants si la vidéo "Entretien d’embauche", réalisée pour l’AJP par Gabal Productions et diffusée en introduction, n’était qu’une caricature "bête et méchante" de la relation pigiste/employeur.

Bruno de Cartier, président des Journaux francophones belges (JFB) et administrateur délégué du groupe Corelio, a préféré ne pas répondre directement à la question, expliquant que la presse quotidienne était en train de connaître "une période de renouveau", investissements conséquents à la clé. Les tarifs de misère pratiqués notamment à Vers L’Avenir ? "Une conséquence de la révolution des modes de production de l’information, où la contrainte économique est de plus en plus forte". Dans ce contexte, il souligne l'importance des aides à la presse, s'élevant à plus de 6 millions d'euros pour l'ensemble des groupes de presse de la Communauté française. "Le défi, aujourd'hui, est de conquérir de nouvelles générations de lecteurs (...) L'ensemble des titres vieillit avec son lectorat et, en tant que groupe de presse, nous avons le devoir de concevoir les médias de demain".

Michel Konen, directeur de la rédaction de La Libre Belgique, a rappelé que, au cours de ces dernières années, le problème des faux indépendants a été résolu dans sa rédaction, conformément à un accord signé avec l'AJP. N’y restent plus que deux journalistes indépendants "par choix". Quant aux journalistes de la rédaction internet, précise-t-il, ils n’entrent pas dans le régime de la même convention.
Concernant les tarifs publiés dans "Le Livre Noir", Michel Konen dit qu’il ignorait "parfaitement que l’on payait les brèves 5 €". Ajoutant que "on paie davantage que ce qui est indiqué dans ‘Le Livre Noir’". Mais, conséquence d’une politique orientée vers le multimédia, les journalistes travaillant pour La Libre doivent abandonner leurs droits d’auteur à l’employeur.

Du côté de la RTBF, où il chapeaute la rédaction du JT, Benoît Moulin a expliqué avoir très peu recours à des journalistes indépendants. "Il y a 288 journalistes à la RTBF. Environ 3% d’entre eux sont pigistes", affirme-t-il. Combien gagne un indépendant à la RTBF ? Benoît Moulin répond sans détour : 17 € brut de l’heure. Et un cameraman ? Sans certitude, il estime la rémunération horaire à 11 €.

Etre journaliste indépendant dans l’audiovisuel ? Mieux vaut dans l’une des douze télés locales de la Communauté française, selon Jean-Louis Radoux, directeur de RTC Télé-Liège. Mais si les free-lances sont mieux rémunérés (150 € le sujet et 20 € par heure supplémentaire) en télé locale, reste que le volume des piges qui leur est proposé est assez faible. Explication : le statut d’indépendant y constitue le premier pas vers celui de salarié.

Pour le directeur général du groupe Rossel, Daniel Van Wylick, l’idéal serait de n’engager que des indépendants mais mieux payés. Et pourquoi pas avec un salaire mensuel brut de 6.000 € ? "En Belgique, les charges de travail sont si importantes qu’un journaliste salarié coûte environ 6.000 € à l’entreprise. Imaginez qu’un indépendant reçoive cette somme chaque mois… " Daniel Van Wylick estime néanmoins que Le Soir est loin d’être un mauvais élève en matière de rémunération de ses pigistes, les tarifs pratiqués étant d’ailleurs, selon lui, "plus élevés" que ceux dénoncés dans "Le Livre Noir".
"Le business de la presse quotidienne payante est, aujourd’hui, arrivé à maturité (…) Il faut se refuser d’imaginer que ce soit une fatalité. Les choses sont possibles mais difficiles. (…) Le modèle actuel ne peut plus générer de la rentabilité. On sait que l’on va basculer vers celui du web mais que ce ne sera pas rentable avant un certain nombre d’années". Et de prédire une nouvelle période de vaches maigres - trois ou quatre ans environ- pour la presse quotidienne.

(L.D. / Photos : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


PPP : au-delà des constats, des actions

L’Association des journalistes professionnels, en collaboration avec sa section liégeoise, organise ces 29 et 30 mars au Vertbois (Liège) un colloque consacré à la précarité des journalistes indépendants.
La première journée de débats a débuté avec le mot de bienvenue du président de l’AJP, Marc Chamut, qui a souligné l’importance que prend, de plus en plus, le groupe des journalistes indépendants au sein de l’union professionnelle, représentative du secteur : en Belgique, un journaliste sur quatre est indépendant.
Martine Simonis, secrétaire nationale AJP-AGJPB, a retracé le cheminement de la campagne "Pigiste, pas pigeon !" qui a démarré, il y a deux ans : sept rencontres régionales ont été organisées en 2005 et 2006 avec les journalistes indépendants de la Communauté française, une enquête et appel à témoignages ont suivi dans la foulée . Restait à compiler et mettre en forme le matériel récolté : en septembre 2006, l’AJP publiait, en collaboration avec les éditions Luc Pire, "Le Livre Noir des journalistes indépendants", coordonné par Jean-François Dumont.
Pour en parler, Dominique Nahoé, membre du Conseil de l’AJP - où il représente les journalistes indépendants - et nouvellement président de la section liégeoise de l’union professionnelle. Reprenant les constats du "Livre Noir", il a notamment souligné la situation des journalistes stagiaires indépendants. En 2005, l'AJP en dénombrait quarante-deux et ils gagnaient, en moyenne, 1.554 € brut par mois. Quatorze d’entre eux gagnaient moins du salaire minimum de 1.200 €. Bien sûr, il existe des journalistes indépendants heureux, a souligné Dominique Nahoé. Mais, pour la plupart d’entre eux, les conditions d’exercice du métier sont particulièrement difficiles. "Certains, pour s’en sortir, écrivent jusqu’à sept articles par jour. D'autres ont même un deuxième métier", a-t-il expliqué.
Daniel Conraads, membre du Conseil de l’AJP, ancien président de l’AJP Liège et journaliste au Soir, a illustré le propos avec son expérience de la presse liégeoise. Se rappelant que, à ses débuts dans la profession il y a une trentaine d’années, les free-lances représentaient un phénomène marginal. Au début des années 80 - de nombreux titres existaient encore à l'époque (La Cité, Le Drapeau Rouge, La Wallonie...) -, la presse quotidienne liégeoise comptait 120 journalistes salariés contre une septantaine aujourd’hui. Et des 320 journalistes professionnels actuellement recensés en région liégeoise, 22,5% sont indépendants. Un portrait-robot proche de celui dressé sur l'ensemble de la Communauté française.

(L.D. / Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


27 mars 2007

Colloque international à Liège (29 et 30 mars 2007)

L'AJP et sa section liégeoise organisent, ces 29 et 30 mars 2007 à Liège, au Vertbois, un colloque international "Pigiste, pas pigeon!". Au programme des débats, un point sur la campagne, ce que disent les responsables des médias sur les tarifs des journalistes indépendants, la précarité et son impact sur la qualité du journalisme, le trop-plein de diplômés en journalisme, les engagements politiques pour la prochaine législature et un tour d'Europe et du Québec en matière de piges. On y retrouvera aussi les spots vidéo de la campagne PPP, les publications de l'AJP et même des pigeons en chair et en os !

Ce colloque sera également à suivre, en direct, sur ce blog, avec la collaboration de l'Institut de journalisme.

Télécharger ici le programme complet

12 mars 2007

Aux Assises internationales du journalisme (5) : "Il faut arrêter de taper sur le journaliste" (Edwy Plenel)

Le journalisme est en crise. Voire, en danger de mort, comme cela a été dit à plusieurs reprises lors de ces premières Assises internationales du journalisme. Analyse d'Edwy Plenel, journaliste, écrivain et ancien directeur de la rédaction du Monde.

Ecouter le podcast :



"Il y a, à l’évidence, une crise économique. Notamment de la presse quotidienne papier. Il y a une crise professionnelle parce que notre métier, dans le monde globalisé, est devenu plus difficile. Le temps et l’espace se sont rétrécis. Nous avons plus de sources et, en même temps, plus de difficultés à les recouper. La réalité est moins à distance. Et puis, il y aussi une crise morale qui est la conjonction des deux et à laquelle s’ajoute une crise démocratique. Souvent, le public s’en prend aux journalistes parce qu’il est en attente à l’égard de la démocratie. C’est la crise de la représentation démocratique. Du coup, au lieu de s’en prendre à la représentation des élus, on s’en prend aux journalistes qui représentent cette réalité. Ces trois éléments convergent actuellement parce que notre profession est emblématique de la révolution industrielle que nous vivons depuis dix, quinze ans, qui est la révolution de l’information. Celle que tout le monde vit avec l’ordinateur. Nous sommes le métier de producteur d’information est évidemment symbolique de cette révolution. Comme toute révolution, c’est un moment de nouveau rapports de force, un moment où les travailleurs que nous sommes doivent essayer de défendre leur part du gâteau et aussi leur part de responsabilité sociale et démocratique face à une logique strictement économique : celle des acteurs capitalistes. C’est arrivé lors des précédentes révolutions industrielles, et dans beaucoup d’autres profession."

Parallèlement, c'est une profession qui se précarise de plus en plus...

"Bien sûr, la révolution industrielle est utilisée par ça. Les acteurs économiques essaient, au nom d’une équation qui serait celle de la gratuité, de l’audience et celle de la disparition du journalisme, de sa spécificité, de sa compétence, de nous précariser. Pas parce qu’ils sont méchants mais parce que c’est, tout simplement, le rapport entre capital et travail. Le capital veut augmenter sa part et réduire celle qu’il devra au salaire et au travailleur. Nous sommes des travailleurs intellectuels. Il nous arrive ce qui est arrivé dans d’autres industries. C’est à nous de nous battre, de défendre ce que nous faisons. Mais aussi de nous tourner vers l’opinion pour qu’elle comprenne notre combat, qu’elle arrête de taper sur le journaliste, ce qui arrange tout le monde. Ça arrange les pouvoirs politiques et économiques. Pendant ce temps là, eux font leurs affaires et nous, citoyens, sommes de moins en moins bien informés. Taper sur le journaliste, c’est finalement se priver de celui qui va donner l’alerte. Il ne faut jamais oublier qu’une des grandes conquêts démocratiques de la construction de l’Europe, c’est cet arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme qui dit que le journaliste est le chien de garde de la démocratie. Celui qui aboie, celui qui alerte, celui qui donne l’alarme. Peut-être que, parfois, il aboie trop et qu’il est peut être un peu excité. Mais il vaut mieux que cette alarme soit excessive et que ces aboiements dérangent le voisinage plutôt que il n’y en ait pas. Le journalisme, c’est ça son rôle démocratique. A lui de le mériter par la qualité de son travail, par sa responsabilité, par sa conscience de sa responsabilité et de son rôle démocratique. C’est aussi à l’opinion de comprendre conscience qu’un monde sans journaliste serait un monde uniquement régi par les rapports de force des pouvoirs politiques et, surtout, des pouvoirs économiques."

11 mars 2007

Aux Assises internationales de journalisme (4) : "Une question violente" (Hervé Brusini)

Intervenant de l'atelier "Comment prévenir les tsunamis médiatiques ?" aux Assises internationales du journalisme, le 8 mars à Arras, Hervé Brusini, directeur délégué de l'information à France 3, a parlé "d'état d'alerte" du journalisme. "Face à cela, il y a un rappel à l'ordre colossal qui est le web, qui sont les blogs. Les citoyens du monde hurlent le fait qu'ils existent et qu'ils veulent être reconnus en tant que tels. Je souhaiterait que ce ne soit pas le tocsin de la profession mais une sirène alertant les journalistes : refaites ce pourquoi vous êtes payés. Ca veut dire que les 35 heures sont une aberration pour le métier parce que, quand on est dedans, il faut le faire de manière totalement investie." Reste que si l'exigence professionnelle veut que l'on ne compte pas ses heures de travail, celles-ci deviennent de moins en moins bien rémunérées. La précarité, un élément déterminant de la crise que le journalisme connaît actuellement ? Hervé Brusini ne le croit pas, même s'il reconnaît qu'il s'agit là d'une question violente.

Ecouter le podcast :



"On ne peut pas réduire la crise du journalisme à la précarité du statut de journaliste. Il y a une crise au fond, sur ce que nous faisons, sur notre rôle en société. La précarité est une terrible question qui doit être réglée comme toutes les questions de précarité : dans un vrai dialogue social. Ce n’est pas simple car l’argent vient à manquer alors qu'il est devenu une valeur dans l'exercice de notre métier. Quand je suis arrivé à la télé, je n’entendais parler que peu de budget. Aujourd’hui, nous avons tous intégré la notion budgétaire. C’est peut-être un bien car on sait bien que l’indépendance c’est la maîtrise de l’argent qu’on utilise. Je préfère que nous en soyons maîtres plutôt que d’autres qui n’ont que des préoccupations de gestionnaires. Mais tout ça a engendré, dans beaucoup des lieux de travail journalistique, une précarité élevée. C’est une question violente que doivent résoudre tous ces organes de presse. La précarité n’est pas la seule à expliquer la crise du métier mais c’est effectivement un paramètre important."

10 mars 2007

Aux Assises internationales de journalisme (3) : "La précarité, une conséquence" (Hervé Bourges)

Hervé Bourges est président de l'Union internationale de la presse francophone, président de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille et ancien président de Radio France Internationale, TF1, France Télévisions et du Conseil supérieur de l'audiovisuel français. Sa carrière, il l'a commencée comme journaliste, il y a plus de cinquante ans. Une profession qui a considérablement évolué et qui est aujourd'hui en crise : les premières Assises internationales du journalisme n'ont d'ailleurs cessé d'en faire la démonstration au cours de ses trois (riches) journées de débats. La précarité comme cause de cette crise ? Davantage une conséquence et pas le point central, selon Hervé Bourges.

Ecouter le podcast :



"C’est une des conditions, pas la première. Les journalistes travaillent dans des conditions très difficiles, souvent sans statut. On voit se multiplier le nombre de pigistes par rapport au nombre d'emplois permanents. La presse écrite connaît une crise. Dans l’audiovisuel, ça va et ça vient. La précarité est un problème très important. Ce n'est pas la base. Le problème le plus général est de savoir comment, aujourd'hui, les journalistes et les médias peuvent s’adapter à un système de mondialisation, d’évolution technique et de concurrence effrénée. La précarité des journalistes est une conséquence d’une situation de l’information non maîtrisée qui voit des secteurs entiers fragilisés, qui en voit d’autres se développer et qui en voit d’autres exister sans journalistes."

Edit (11/03/07) : Lire également l'article 'Un monde sans journalistes' (Le Monde, 10/03/07), faisant référence au discours d'Hervé Bourges lors de l'ouverture des Assises.

7 mars 2007

Aux Assises internationales du journalisme (2) : des journalistes heu-reux

Dans les talons le moral des journalistes français ? Le premier baromètre CSA/ Les Assises du journalisme sur "le moral et le jugement des journalistes sur leur métier et leur profession" prouve le contraire. C'est même d'un non sec dont il s'agit puisque, sur un échantillon de 405 journalistes, 92% affirment être heureux. Quant aux conditions d'exercice de leur métier, 70% estiment qu'elles sont satisfaisantes. Par contre, ils sont 63% à dire que, ces dernières années, leur profession a évolué négativement. Quant à la précarité des journalistes, elle est épinglée (24%) comme l'un des facteurs portant atteinte au métier, derrière l'insuffisance de moyens matériels et humains (44%), l'insuffisance de temps (40%), le conformisme des rédactions (38%) et la pression économique (38%).

Lire tous les résultats du sondage en cliquant sur ce lien

Lire l'analyse du sociologue Jean-Marie Charon Extrait : "Plus grave, un petit tiers dit envisager de quitter la profession. Une inquiétude qui porte sur les structures (la concentration, la pression économique, le manque de moyens, l’insuffisance de temps, etc.), alors qu’ils se révèlent ouverts aux évolutions du public ou des techniques (blogs, médias à la demande, critique par les citoyens, etc.). Une inquiétude et un regard critique, globalement plus forts chez les plus âgés. Un constat assez alarmant tient au fait qu’un petit tiers considère que les journalistes font plutôt mal leur travail du point de vue de la déontologie."

Aux Assises internationales de journalisme (1) : pigistes, les invisibles de la presse

Les premières Assises internationales du journalisme, organisées par l'Association Journalisme et citoyenneté ces 7, 8 et 9 mars à Lille et Arras (France), ont pour objectif de d'établir le bilan de santé d'une profession qui s'exerçant dans un contexte où le mot crise revient sans cesse sur le tapis. Martine Simonis, secrétaire nationale AJP-AGJPB et Dominique Nahoé, représentant des journalistes indépendants au Conseil de direction de l'AJP, étaient présents pour parler de l'expérience belge et de la campagne "Pigiste, pas pigeon!" en particulier, à l'occasion d'une table-ronde intitulée "Pigiste : les invisibles de la presse".
Si, en France, le statut de pigiste a le mérite d'exister, il n'en reste pas moins que les pigistes y vivent les mêmes difficultés. A commencer par le sentiment d'isolement : ils travaillent seuls, ne sont pas invités aux réunions de rédaction... D'où des regroupements locaux de pigistes ou la création de collectifs de pigistes, sans pour autant que ces initiatives soient centralisées. C'est de cette manière que souhaite se positionner Yann Kerveno, journaliste et président de l'association Profession pigiste, via le site www.pigiste.org, sur lequel il énumère une série de propositions visant à améliorer la condition du pigiste français.
Les revenus de nos collègues ne sont guère plus brillants que chez nous : un pigiste débutant "qui tourne bien" gagne de 250 à 300 euros par mois. "Au-delà de beaucoup de souffrances et de conditions difficiles, ce sont des gens isolés qui sont extrêmement performants", a souligné Yann Kerevo.
Côté belge, l'union professionnelle AJP s'active à remédier à une situation comparable par le biais de sa campagne. Après, notamment, une présentation du Livre Noir et la diffusion du clup "Entretien d'embauche" - très applaudie, d'ailleurs, par le public -, rendez-vous a été fixé les 29 et 30 mars prochains à Liège, à l'occasion du colloque international organisé par l'AJP et sa section liégoise.


"Pigiste, pas pigeon!", le colloque : présentation et programme en cliquant sur ce lien