Précarité, le journalisme est-il en danger ?
Ajouté le 29 mars 2007
La deuxième table ronde de la journée, "Précarité : le journalisme est-il en danger ?", donne un autre son de cloche que celui des responsables des médias. Dans un pays où le droit de vote est obligatoire, l’heure est grave. "Si la presse n’est plus capable d’exercer correctement, c’est la démocratie qui ne sera plus capable de fonctionner correctement", prévient Jean-Jacques Jespers, de l’Université libre de Bruxelles (ULB). "L’organisation actuelle du travail journalistique, en exigeant toujours plus de flexibilité et de polyvalence, créé une superficialité dans le traitement de l’information", poursuit-il.
À quoi peut ressembler cette organisation du travail aujourd’hui ? Il n’est pas rare pour un pigiste de devoir écrire 5000 signes par jour pour gagner 2000 euros par mois. Et cette situation ne serait pas qu’anecdotique. Ricardo Gutierrez, auteur du blog The Mole News, affirme que le sujet suscitant le plus de réactions de la part des blogueurs est précisément la précarité des journalistes ("trente-trois pages en format A4").
Cercle d’autant plus vicieux que la précarité dans la profession fait fuir les meilleurs journalistes, selon l’Institut Montaigne. Même chez les plus passionnés, ceux qui s’accrochent malgré tout, la tentation de la médiocrité est grande.
"Un journaliste mal payé va bâcler son travail, réécrire plusieurs fois le même article pour différentes publications, va négliger son travail d’enquête, va emprunter à d’autre articles", ajoute Christiane Dupont, pigiste de Montréal et auteur du guide "Les nouveaux journalistes". La rédactrice en chef du journal Le Soir, Béatrice Delvaux, ne dit pas le contraire en affirmant que finalement "l’emploi salarié est fondamental pour assurer l’indépendance du journaliste", notamment pour résister aux assauts des lobbies et des sociétés de communication.
"Ne soyez pas preneurs de tout. Ayez une spécialité", conseille-t-elle. "La précarité du journaliste n’est-elle pas redevable aux limites de sa formation ?", interroge-t-elle. Selon Christiane Dupont, "le journaliste indépendant doit assumer les risques de sa spécialisation sans pour autant en tirer de bénéfices économiques."
(Nicolas Trottier - Institut de journalisme / Photos : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE)


Commentaires
1. Le 30 mars 2007 à 02:11, par un pigiste pas si pigeon que ça
2. Le 30 mars 2007 à 06:30, par PPP
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