Chaque année en Belgique, les universités et hautes écoles il y a 350 dilplômés sortant des écoles de journalisme (et communication). "10 diplômés pour un emploi… on continue ?" Une troisième table ronde au titre un brin provocant, histoire de donner la parole aux représentants des écoles de journalisme. Pour Frédéric Antoine, de l’UCL, "mettre tous les diplômés dans le même panier, c’est abusif !" C’est que, selon lui, il ne faut pas confondre le programme de journalisme de son alma mater avec les programmes de communication offerts ailleurs. Parce que l’UCL offre une véritable formation en journalisme et non pas en communication, "moitié de nos diplômés trouvent un emploi dans le journalisme", précise-t-il. Aussi, chez lui, une sélection rigoureuse s’opère chez les futurs candidats, "le premier cycle universitaire sert de filtre". Afin de permettre aux pigistes de sortir la tête de l’eau, Frédéric Antoine propose l’idée de stages rémunérés, comme cela se pratique par exemple en France.

Du côté de l’Ihecs, Marc Sinaeve admet que le nombre d’étudiants en journalisme ne cesse d’augmenter. Aussi, se défend-il d’inonder le marché limité des stages avec ses 70-80 diplômés par année : "Ils sont libres d’effectuer leurs stages dans la presse associative s’ils le désirent". Cependant, il n’est pas question pour lui de mettre des lunettes roses. "Nous privilégions une approche honnête de la formation et osons dire les réalités du métier", affirme-t-il. En rupture avec le "mythe du plus beau métier du monde et de la vocation", l’Ihecs informe depuis quelques années ses étudiants des écueils qui les guettent au terme de leurs études (parmi les déclencheurs, la sortie de l’ouvrage d’Alain Accardo sur le journalisme précaire). C’est pourquoi "nous continuons à suivre nos étudiants après la fin de leurs études", explique-t-il.

Selon la représentante de l'ULg, Christine Servais, il s’agit d’accorder en toutes circonstances la "primauté du choix individuel de l’étudiant", rappelant que le rôle de l’université est celui du partage du savoir. Et ajoutant du même souffle qu’il n’y a pas lieu de remettre ce choix en question par un "numerus closus". Christine Servais affirme que "l’offre d’enseignement n’a rien à voir avec la précarité des journalistes, nous n’en formons pas trop". Et de s’interroger. "Dans quelle mesure le marché de l’emploi doit réguler l’offre de formation universitaire ? Les journalistes y sont plutôt formés "à penser autrement et à remettre le marché en question".

François Heynderickx, de l’ULB, prétend que la Belgique francophone "n’a pas à rougir des journalistes qu’elle forme". La formation n’est pas, selon lui, la seule en cause dans la précarisation du métier. Sans faux-fuyant, François Heynderickx affirme tout haut ce que plusieurs admettent tout bas: "Beaucoup d’étudiants vont en journalisme parce que c’est une formation universitaire intellectuellement accessible". De ce fait, ils constituent un frein à la formation des plus motivés. Sur les responsabilités de l’université envers les futurs diplômés en journalisme, il énonce trois devoirs. "Nous devons la franchise à nos étudiants. Nous avons même tendance à noircir le tableau. Nous devons une formation du plus haut niveau, combler les attentes du marché tout en en se portant garant d’une qualité du journalisme. Et Nous devons aux étudiants une pratique honnête du journalisme et nous assurer qu’ils conservent cette probité tout au long de leur carrière", conclut-il.

(Nicolas Trottier - Institut de journalisme / Photo "pigeons" PPP / "table-ronde": C. Bortels)