La campagne de l'AJP pour les journalistes indépendants - Acte 2
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En Europe, journaliste et journalisme menacés

2 avril 2007 /// Catégorie : Le colloque
Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE

Photo : Michel Houet – TILT PHOTOGRAPHIE

La matinée du vendredi était consacrée au volet international avec, pour commencer, un petit tour de la pige en Europe avec Renate Schroeder, co-directrice de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), qui rassemble quelques 260.000 journalistes dans plus de 30 pays. La FEJ milite pour les droits sociaux et professionnels des journalistes et son action s’articule, notamment, autour de quatre groupes de travail : freelances, droit d’auteur, droit du travail, audiovisuel.

En 1999 et 2006, la FEJ réalisait une enquête sur la nature changeante du travail. « La précarité est une question importante car elle a un impact sur la liberté de la presse, le droit du travail et le journalisme professionnel », explique Renate Schroeder, en énonçant les grandes conclusions de cette enquête. « Le recul du journalisme critique et d’investigation y est dénoncé : un journalisme qui n’est pas assez rémunéré et pour lequel il n’y a pas assez de temps à consacrer. Dans le même temps, on constate que le journaliste est amené à devenir de plus en plus polyvalent. (:¦) Les réglementations et régimes fiscaux sont de plus en plus sévères dans la plupart des pays. Ce qui conduit à l’application de normes injustes », analyse-t-elle. Et la situation serait particulièrement préoccupante dans les pays d’Europe de l’Est, où « tant la légalisation que les syndicats sont faibles. Les employeurs les plus puissant viennent souvent de l’Ouest et il est assez difficile de combattre ça« , regrette-t-elle.

Renate Schroeder. Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE

Renate Schroeder. Photo : Michel Houet – TILT PHOTOGRAPHIE

Sur le plan des rémunérations, impossible d’établir des comparaisons entre les différents pays d’Europe, tant les disparités sont importantes en terme de niveau de vie. A titre indicatif, on notera qu’un feuillet est payé à partir de 10 € en Croatie et que le journaliste gagne 116 € l’heure au Danemark, 47 € l’heure en Finlande ou encore 310 € la journée en Allemagne.

Et de souligner que le volume des journalistes indépendants est de plus en plus élevé partout en Europe, « un défi, tant sur le plan des conditions de travail que sur celui de la qualité du journalisme« . Dès lors, comment mieux armer les journalistes indépendants ? En les formant – aux nouvelles technologies ou voire, comme au Danemark, à la négociation -, en les intégrant au sein des différents organismes de défense de la profession, en faisant appliquer des barèmes recommandés, en menant des campagnes de sensibilisation à l’échelle européenne contre la précarité : « Depuis les années 90, la situation globale des free-lances a évolué. Il y a eu des accords sociaux sur le travail à temps partiel ou le télétravail. Mais les temps ont changé et plus rien de bouge. A la FEJ, voulons que le terme de :˜travailleur’ soit utilisé pour définir le journaliste indépendant. (…) Nous sommes à la croisée de changements énormes dans la profession car il n’y a pas que le journaliste qui est menacé : le journalisme aussi ».

Dans cet esprit, la FEJ rédigeait, l’an passé, une charte définissant les droits des journalistes free-lances en Europe.

L.D.