La campagne de l'AJP pour les journalistes indépendants - Acte 2
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Les pigistes au Québec

3 avril 2007 /// Catégorie : Le colloque
Christiane Dupont. Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE

Christiane Dupont. Photo : Michel Houet – TILT PHOTOGRAPHIE

Ancienne vice-présidente de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), Christiane Dupont, livre un constat lucide et, avouons-le, plutôt déprimant de la situation des pigistes de la Belle Province. Le Québec comptait en 2001 environ 4000 journalistes dont 600 indépendants. Cette proportion ne cesse d’augmenter depuis quelques années. Christiane Dupont affirme que « n’importe qui peut s’improviser journaliste au Québec ». La carte de presse demeure facultative et est d’ailleurs « plus décorative qu’autre chose ».

Les journalistes du Québec n’ont jamais voulu que leur Fédération mette sur pied une corporation professionnelle. « Pas question pour eux de restreindre l’exercice de la profession », prévient Christiane Dupont. Elle ajoute : « Pour la plupart de mes collègues, il s’agirait d’une atteinte à la démocratie et une façon de museler la presse« . La formation en journalisme n’étant pas jugée nécessaire par les patrons, les stages sont une denrée rare, « une trentaine de stagiaires par année, tout au plus », déplore-t-elle. Ainsi, raconte Christiane Dupont à « plusieurs aspirants journalistes venant de tous les horizons se bousculent à l’entrée des rédactions:¦prêts à faire de la pige pour rien du tout et tirant les tarifs vers le bas« . Au grand bonheur des patrons de presse.

Les nouveaux journalistes Combien gagne un pigiste au Québec ? « Les revenus moyens tirés exclusivement du journalisme sont sous la barre des 12 965 euros par an» révèle Christiane Dupont. Elle ajoute une information qui éveillera des échos familiers chez nous. « Au Québec, dans beaucoup de médias, les tarifs au feuillet n’ont pas augmenté depuis quarante ans. Alors que les grands quotidiens paient à peine 31 euros pour un feuillet ou 250 mots, certains magazine spécialisés peuvent rétribuer leur collaborateur jusqu’à 250 euros du feuillet« , précise-t-elle.

L’Association des journalistes indépendants du Québec a les mains liées dans le dos quand vient le temps d’effectuer son travail de représentation auprès des patrons. Ces derniers « contestent présentement en cours la légitimité de la représentation des pigistes par l’AJIQ« , nous dit Christiane Dupont. Les indépendants doivent alors s’en remettre à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec qui prétend, de son côté, qu’ »elle n’a aucun mandat pour représenter les intérêts financiers des pigistes et, par conséquent, ne les protège en rien« .

Selon Christiane Dupont, parmi toutes les sociétés occidentales, le Québec serait celle « où la concentration de la presse est la plus importante ». Dans ce marché en régression, de plus en plus replié sur lui-même. « Les médias ne plus portés à faire leur autocritique« , affirme-t-elle. Aussi, « les journalistes salariés québécois se soucient d’abord de conserver leur emploi. Ils sont malheureusement souvent complaisants (…) De leur côté, les indépendants ne dénonceront pas les pratiques d’un média concurrent par peur de s’aliéner un groupe de presse au complet. Finalement, dans la très grande majorité des cas, les salariés ne sont pas ou peu solidaires des pigistes« .

Dans un tel contexte, Christiane Dupont ne peut cacher son pessimisme. « Si rien ne change, ce métier est carrément en train de disparaître au Québec. Il sera bientôt remplacé par le métier de fournisseur de contenu ! »
Pour donner l’heure juste aux futurs forçats du métier, Christiane Dupont a publié, l’automne dernier, avec Pascal Lapointe un guide intitulé « Les nouveaux journalistes : Entre précarité et indépendance« . Il s’agit d’un guide pratique sur tout ce qu’un bon pigiste devrait savoir : comment organiser son travail, comment proposer des sujets, où s’adresser, quelles qualités faut-il développer, etc. C’est un début.

Nicolas Trottier – Institut de journalisme