La campagne de l'AJP pour les journalistes indépendants - Acte 2
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Pigistes en France et au Royaume-Uni

9 avril 2007 /// Catégorie : Le colloque
Safia Allag-Morris. Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE

Safia Allag-Morris. Photo : Michel Houet – TILT PHOTOGRAPHIE

D’un point de vue belge, le statut des journalistes pigistes en France peut sembler enviable. La question est de savoir pour combien de temps. Selon Safia Allag-Morris, du Syndicat national des journalistes, « un journaliste sur six est pigiste en France et comme partout ailleurs, cette proportion est en augmentation constante. (..) Les journalistes indépendants au sens belge du terme n’existent pas en France, ils sont interdits. Un pigiste dispose en théorie d’un contrat de travail, contrat verbal dans bien des cas ». Qui dit contrat de travail dit versement de salaire, cotisations sociales et application du droit du travail. La volonté de cesser la collaboration entre patron de presse et pigiste équivaut à une rupture du contrat de travail. Conformément au droit du travail, cela suppose donc « un entretien de fin de contrat et un préavis de licenciement », ajoute Safia Allag-Morris. Ainsi, poursuit-elle « un ralentissement ou une diminution des piges constitue une modification du contrat de travail ». Dès lors, combien peut espérer gagner un pigiste en France ? Selon elle, un pigiste touche « entre 20 euros et 200 euros par 1.500 signes, pour une moyenne de 63 euros par 1500 signes ».

Safia Allag-Morris. Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE

Safia Allag-Morris. Photo : Michel Houet – TILT PHOTOGRAPHIE

Le statut est menacé par la mondialisation. Toujours inspirés par les méthodes de travail de leurs homologues étrangers, « les patrons français font toujours preuve d’une imagination débordante pour contourner la loi », prévient Safia Allag-Morris. « Ils exercent des pressions pour que les pigistes adoptent le statut d’indépendant ». Le paysage journalistique français est d’ailleurs jalonné de procès intentés aux patrons de presse. « Devant le tribunal, les journalistes gagnent toujours mais le règlement est souvent très long ». Des négociations sont d’ailleurs en cours afin d’éviter aux deux parties le recours systématique aux tribunaux « tant les pigistes s’impatientaient de la lenteur des règlements et les patrons en avaient assez de perdre à chaque fois« .

Si la situation n’est pas aussi inquiétante qu’au Québec, Safia Allag-Morris déplore aussi « un manque de solidarité entre journalistes titulaires et pigistes ». Car la fragilisation des pigistes affaiblit toute la profession…
(N.T / IDJ)

Jim Boumellah. Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE

Jim Boumellah. Photo : Michel Houet – TILT PHOTOGRAPHIE

Jim Boumellah, représentant la National union of journalists (NUJ) britannique, estime que la situation dans son pays et en Irlande est similaire à celle observée au Québec par Christiane Dupont. La NUJ fait partie des plus anciens syndicats de journalistes :“ elle fête cette année son centième anniversaire – et compte quelque 40.000 membres, parmi lesquels environ 7.500 freelances.Les freelances occupent une place importante au sein de la NUJ, qui leur propose toute une série d’outils : annuaire en ligne des freelances, offres d’emploi, négociation d’assurances, conseils juridiques, formation continue, etc. En matière de barème, des tarifs minimum ont été définis de manière très précise et la NUJ incite ses membres à les défendre. Même si, estime Jim Boumellah, la solidarité n’est jamais entièrement acquise. Pour lui, la question de l’avenir du journalisme place les freelances au cœur du débat, dans un contexte de concentrations qui ne leur est guère profitable et où l’émergence du « journalisme citoyen » est perçu comme une menace.

L.D.