La campagne de l'AJP pour les journalistes indépendants - Acte 2
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Précarité, en Flandre aussi

4 avril 2007 /// Catégorie : Le colloque

Pol Deltour. Photo : Michel Houet - TILT PHOTOGRAPHIE

Pol Deltour. Photo : Michel Houet – TILT PHOTOGRAPHIE

La situation journalistes indépendants est aussi préoccupante que dans la partie francophone du pays et la Vlaamse vereniging van journalisten (VVJ) travaille, comme l’AJP, pour l’améliorer. « Les freelances de Flandre ne sont pas traités de façon normale. C’est-à -dire avec le respect qui doit être dû à un professionnel de l’information« , affirme Pol Deltour, secrétaire national VVJ-AGJPB, qui distingue cependant les freelances convaincus, ceux pour qui « la liberté professionnelle est le seul statut possible. Car il existe des indépendants heureux même s’il reste toujours trop de freelances qui méritent mieux. »

Parallèlement à l’augmentation du nombre de journalistes indépendants, Pol Deltour observe une nouvelle pratique inquiétante, celle du contrat d’intérim. « C’est de plus en plus répandu en Flandre. L’avantage est que le journaliste bénéficie d’une couverture sociale complète, puisque l’intérimaire est considéré comme un employé. Les barèmes utilisés dans ce type de contrat sont regrettables. A cela s’ajoute la question de la précarité de l’emploi. C’est un système que les employeurs utilisent comme celui d’une période d’essai étendue. Au mieux, le journaliste restera dans la rédaction, avec des contrats renouvelés mais sans les mêmes droits que les autres employés : ˜normaux’. »

Pol Deltour dénonce des rémunérations toujours trop faibles, la perspective d’une main d’œuvre de plus en plus bon marché poussant d’ailleurs certaines rédactions à ne reculer devant aucune économie. « Ainsi, la rédaction régionale de Bruges-Côte du quotidien Het Laatste Nieuws a été supprimée. Les six photographes et trois rédacteurs freelances ont été remplacés par un seul bureau de presse qui effectue le même travail mais à un tarif réduit. On a parlé de 6 € la photo ! Et tout cela a été négocié avec la rédaction en chef. L’explication qui a été donnée est celle d’une offre de plus en plus étendue de journalistes citoyens que l’on ne peut négliger. S’ils sont prêts à travailler gratuitement, pourquoi payer ? » Et d’ajouter que « ce qui se passe n’est pas normal et ça se passe partout ! »

A la VVJ, on a fait de ce dossier une priorité. Avec la publication, en 2004, d’un guide destiné aux journalistes indépendants. Depuis plusieurs années, la VVJ demande la négociation d’un contrat-type et de barèmes minimaux. « La Vlaamse Dagbladpers (ndlr, les éditeurs de journaux flamands) nous a répondu que les éditeurs étaient peut-être préparés à parler de contrat-type mais surtout pas de barème. Chaque entreprise de presse veut fixer les siens. La question est de savoir comment dépasser cette attitude mais cela reste très difficile, tant il y a peu de solidarité entre les freelances et les salariés. »

Seule piste pour la VVJ, celle du politique, qui permettra de régler les volets social et fiscal, ainsi que le mécanisme des aides à la presse. « Le processus de sensibilisation des responsables politiques est en cours mais ce n’est pas facile:¦ Il y a eu un engagement du ministre des Finances sur les coûts déductibles et le statut fiscal du droit d’auteur. Des contacts ont été pris avec le ministre des Affaires sociales pour une adaptation du statut d’artiste au journaliste freelance. On négocie aussi une assurance revenus garantis et une assurance collective en responsabilité professionnelle. Enfin, sur le plan judiciaire, nous avons obtenu un arrêt important du Tribunal du travail d’Anvers qui, il y a un an et demi, a accordé deux mois d’indemnités à un journaliste freelance remercié. »

Pour aider les journalistes indépendants à surmonter les difficultés qu’ils rencontrent, la VVJ a recruté l’an passé un conseiller qu’elle emploie à trois cinquième temps, Ivan Declercq. La VVJ a en outre modifié son nom car elle ne s’ouvre plus aujourd’hui qu’aux seuls journalistes professionnels puisqu’elle accueille, depuis l’an passé, les journalistes non agréés au titre, indépendants et correspondants de presse. Moyennant une cotisation réduite, ils bénéficient eux aussi des services de l’association flamande.

L.D.