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Pauvreté,
misère, indécence des conditions de travail des journalistes
indépendants en Communauté française... Les termes
utilisés par les pigistes pour qualifier leur réalité
professionnelle ne laissent aucun doute sur le marasme généralisé.
Parmi la centaine de témoignages que le Livre Noir condense, bien
peu font preuve d’optimisme.
Des efforts ont déjà été faits, par l’Association
des Journalistes Professionnels, pour améliorer le statut socio-professionnel
des pigistes. On songe à la convention de 1987 sur les tarifs obligatoires
en presse quotidienne, aux recommandations de barèmes pour les
autres types de médias, aux actions pour enrayer le phénomène
des faux indépendants dans les rédactions, au soutien aux
pigistes engagés dans des procédures judiciaires, à
la défense de leurs droits d’auteurs, aux nouvelles conditions
posées pour l’octroi des aides à la presse quotidienne.
Tout cela était nécessaire mais se révèle
insuffisant.
Pour endiguer la précarité et, au-delà, rétablir
un statut socio-professionnel décent pour les journalistes indépendants,
un plan d’actions s’impose, qui s’attaque simultanément
aux causes et aux effets. Ce plan est résumé ci-après.
Il sera complété de memorandums techniques qui permettront
d’entamer les concertations.
1.
LIMITER LE NOMBRE DE CANDIDATS ET REGULER LES STAGES ETUDIANTS DANS LES
REDACTIONS
Constat
: 10 fois trop de diplômés
Chaque
année, en Communauté française, plus de 400 étudiants
sont diplômés en journalisme. Mais il y a 10 fois moins de
postes disponibles dans les rédactions, qu’il s’agisse
d’emplois salariés ou d’indépendants.
Même si les écoles se hérissent à la simple
évocation d’un « numerus clausus », il est essentiel
de trouver avec le secteur et dans l’intérêt des jeunes
diplômés une régulation responsable. Car il est irresponsable
de former10 fois plus de journalistes que ce que le marché du travail
peut absorber. Et d’envoyer les autres grossir les files de chômage
ou se réorienter vers d’autres secteurs, tout espoir de vivre
de sa profession de journaliste abandonné après de nombreux
mois voire de nombreuses années de galère, en tant que pigiste
occasionnel, précaire, ou intérimaire au chômage.
Car la précarité commence à l’entrée
de la profession ; les témoignages montrent à souhait que
la pléthore de journalistes débutants exacerbe la concurrence
sur les tarifs des piges : au moins offrant le travail, à celui
qui réclame, même le simple respect de ses droits, la porte.
Constat
: des stages gratuits oui, mais du travail ?
Dans
la foulée, il s’indique de régler l’inquiétant
allongement des périodes de stage étudiant dans les rédactions.
Ces stages, non rémunérés par les entreprises de
presse, d’une durée de plusieurs mois pour certaines écoles,
aboutissent à priver de travail les journalistes indépendants.
Certaines rédactions « tournent » toute l’année
grâce à un volant de stagiaires étudiants. Le processus
de Bologne amène certaines écoles à encore allonger
la durée de ces stages… Dans un contexte où les rédactions
se révèlent souvent incapables d’encadrer sérieusement
ces stages, envisager d’en augmenter encore la durée relève
de la fuite en avant.
Actions
Avec la ministre responsable de l’Enseignement supérieur
et les Universités et écoles supérieures de journalisme,
l’AJP souhaite entamer une concertation qui aboutisse à une
régulation stricte du nombre d’étudiants en journalisme.
Les mêmes acteurs
doivent, avec les entreprises de médias, limiter la durée
et la fréquence des stages étudiants gratuits, tout en préservant
leur utilité par un encadrement professionnel adéquat.

2.
DES TARIFS EQUITABLES
Constat
La
question des bas tarifs pratiqués est au cœur de la situation
alarmante des professionnels de l’information. Le Livre Noir les
dénonce, au terme d’une enquête longue et recoupée.
Jamais ces informations n’avaient été rendues publiques.
Les jeunes journalistes, mais aussi de plus en plus de journalistes indépendants
chevronnés, sont confrontés à la nécessité
d’« abattre » le travail pour gagner décemment
leur vie. La situation des photographes de presse est certainement de
toutes la plus préoccupante.
Il ne s’agit pas seulement de dénoncer la misère des
tarifs pratiqués en tant que cause de la paupérisation des
professionnels de l’information. Il faut garder à l’esprit
que l’information de qualité a un prix et nécessite
du temps.
Actions
Avec toutes les entreprises de médias, une revalorisation des tarifs
des piges doit être collectivement négociée ainsi
que le contrôle de leur respect effectif. Ces tarifs doivent permettre
aux journalistes indépendants de vivre décemment.
Toutes les fédérations
d’employeurs du secteur seront invitées à adhérer
formellement à une charte garantissant des barèmes minima
décents et des recours en cas de non respect. Cette charte prévoira
également des dispositions relatives au respect des droits d’auteur
des journalistes indépendants et aux modalités des collaborations
: contrats, délais de paiement, respect des parties et bonnes pratiques.
La démarche
s’apparente à une « labellisation » ou encore
à la mise en place d’un « journalisme équitable
». Il sera utile, ultérieurement, de faire le lien entre
labellisation et accès aux aides publiques pour ces entreprises
(aides à la presse, aides économiques, dotations, subsides…).
Dans ce cadre, la Ministre responsable de l’aide à la presse
et de l’audiovisuel en Communauté française sera invitée
à prendre des initiatives.

3.
ADAPTER LE STATUT SOCIAL
Constats
Les
journalistes professionnels – jeunes surtout – éprouvent
de sérieuses difficultés à inscrire leurs situations
précaires dans le statut rigide des travailleurs indépendants
: revenus bas et/ou irréguliers, périodes de travail suivies
de périodes de non travail, faible filet de sécurité
sociale.
Actions
Il faut trouver des passerelles plus souples, moins tatillonnes, entre
situation de travail indépendant et chômage. Pour les jeunes
qui entrent sur le marché de l’emploi, le stage d’attente
doit pouvoir être mené de front avec les piges indépendantes,
quasi seule porte d’accès à un travail journalistique
– indépendant ou salarié – qui leur permettra
d’échapper au chômage.
Le statut légal
élaboré en France pour les pigistes permet de rencontrer
certaines de ces préoccupations : une présomption de contrat
de travail existe et chaque pige fait l’objet de versement de cotisations
sociales spécifiques par l’employeur, ce qui assure aux pigistes
une couverture sociale dans toutes les branches de la sécurité
sociale.
En Allemagne, un système original vient d’être mis
en œuvre pour les artistes, écrivains et journalistes : la
moitié des cotisations sociales est prise en charge par l’employeur
et par l’Etat.
En Belgique, certains aspects du nouveau régime applicable aux
artistes pourraient être étendus aux journalistes.
L’AJP formulera
des propositions techniques de modifications légales qu’elle
soumettra aux ministres des affaires sociales, des classes moyennes et
de l’emploi.

4.
AMELIORER LE STATUT FISCAL
Constat
Modifier
le régime fiscal en vigueur permettrait également aux journalistes
indépendants d’améliorer leur niveau de vie et de
sortir des situations précaires. Les revenus des journalistes sont
constitués de revenus du travail et de droits d’auteur qui
connaissent des taux de taxation différents. En matière
d’assujettissement à la TVA, il existe plusieurs taux, des
conditions d’exonération ou d’assujettissement qui
ne répondent à aucune logique professionnelle.
Actions
En
France, les journalistes bénéficient d’un abattement
fiscal spécifique, déductible en sus des charges professionnelles.
En Belgique, plusieurs professions organisées ont négocié
un accord similaire.
La
taxation du travail journalistique doit être repensée globalement,
à la lumière des récentes propositions de loi relatives
à la simplification de la fiscalité des droits d’auteurs
Au
chapitre de la TVA, il s’indique d’harmoniser les différents
régimes appliqués aux prestations journalistiques en presse
écrite et dans l’audiovisuel. .
L’AJP
saisira le Ministre des Finances de ces différentes questions ainsi
que les parlementaires qui ont déposé des propositions de
loi en matière de taxation des droits d’auteur.

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