La campagne de l'AJP pour les journalistes indépendants - Acte 2
Photo Belpress.com

Leurs témoignages (2011)

Kanar L’enquête de l’AJP invitait les pigistes à livrer un commentaire. Ils furent très nombreux à le faire. Extraits.

"Impossible de vivre décemment dans de telles conditions sachant que ces chiffres sont figés et n'évoluent que très rarement alors que le salarié bénéficie de l'indexation des salaires. Pour atteindre un minimum de revenus, il faut multiplier les articles aux dépends souvent de la richesse des contenus. L'image du journalisme ne peut qu'en souffrir."

"Depuis 7 ans que je travaille comme indépendante en presse écrite, les tarifs n'ont cessé de stagner voire de diminuer. On "rogne" de tous côtés et nos factures, déjà peu élevées, sont sans cesse passées au crible par nos chefs d'édition qui n'hésitent pas à les contester."

"Devant l'impossibilité de bénéficier d'un salaire digne, on doit envisager de se tourner vers d'autres secteurs de la communication... Ou alors faire du journalisme copié-collé pour être un tant soit peu rentable, ce qui n'est pas très gratifiant !"

"Je travaille depuis 1995 comme freelance en région (Luxembourg) pour deux journaux: Le Soir et La DH. L'article m'est payé le même tarif depuis seize ans. (…) Quel salarié accepterait de travailler pour le même salaire depuis seize ans?"

"En ce qui me concerne, c'est moins le prix de l'article qui pose problème mais bien le manque de possibilités de collaboration : les rédacteurs en chef fonctionnent en circuit très fermé et sont peu ouverts aux propositions de l'extérieur."

"Au bout d'un an et demi, j'ai beau adorer ce métier, je dois reconnaître que je n'ai rien pu mettre de côté, je n'ai pas pris de vacances depuis des années (pas de budget). Aujourd'hui, je me prépare à quitter la presse pour gagner de l'argent..."

"Si l'on estime devoir mettre de côté 50% de son brut afin de payer les charges et les futurs impôts, je vis avec un salaire (net) de 900-1000€ par mois. Pour en moyenne 50/60H semaine..."

"Pour un petit article, j’ai 10 euros net... C'est intenable, mais encore trop pour l'employeur face à la "gratuité" des stagiaires qu'on présente dans nos pages comme des "journalistes" !"

"Certains médias comprennent que la qualité se paie, d'autant qu'il ne leur est en fait pas si facile de trouver des journalistes indépendants expérimentés et fiables. Mais ces hausses restent insuffisantes si l'on souhaite fournir des reportages corrects et des enquêtes fouillées tout en menant une vie un tant soit peu digne."

"Etre pigiste, c'est une façon de vivre difficile, qui oblige souvent à tout accepter et à travailler sans relâche 7 jours sur 7 sans jamais avoir le temps de souffler ! Une situation souvent aussi difficile à comprendre pour la famille ou pour les amis. Les gens ne comprennent pas qu'on ne peut en fait pas (ou très peu) dire non ! Nous sommes sans cesse les pions sur un siège éjectable."

» Voir les témoignages recueillis en 2006